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“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
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Voyage d’échanges au Mali “Semences de connaissance”

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Bulletin n°10 | janvier 2005

Du 28 janvier au 12 février 2004, BEDE et la Confédération Paysanne ont organisé la visite de 12 paysans européens au Mali afin d’échanger savoirs et savoir-faire avec les paysans maliens, sur les OGM, les semences et l’agrobiodiversité.

La délégation était composée de douze paysans et paysannes représentant différentes organisations venant de France, de Suisse, et d'Espagne (Confédération paysanne, Red de Semillas, Nature et Progrès, Fédération Nationale de l'Agriculture Biologique, STOP OGM), et appuyée par trois représentants de BEDE. Elle comprenait également un paysan sénégalais de l’Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes (ASPSP).

La délégation s’est rendue dans quatre régions (Sikasso, Bamako, Kayes, Ségou) pour échanger avec les paysans maliens dans leurs champs sur leurs modes de cultures, et connaître l’état de la conservation de leurs variétés locales. Elle a également participé à des forums publics importants, organisés par des organisations paysannes et des ONG (Union Régionale des Coopératives Agricoles de Kayes (URCAK), Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP), AOPP, Afrique Verte, Centre Djoliba). La délégation s’est d’autre part rendue à la station de recherche agronomique Cinzana, financée par Syngenta, pour discuter avec les chercheurs des futurs programmes d’essais de coton transgénique au Mali. Ces différents événements ont été relayés par une campagne d'information en bambara à travers les radios locales rurales maliennes

Semences et agrobiodiversité au Mali

Le Mali constitue une importante zone de culture et de diversification des espèces. Pourtant, afin d’augmenter la production et la productivité agricole et compte tenu des aléas climatiques, les efforts déployés au Mali dans ce domaine ont surtout porté sur le choix du matériel génétique qui garantissait la stabilité de production (semences “améliorées”).

A cause de la grande période de sécheresse mais aussi des nouvelles variétés de semences distribuées largement, les semences paysannes se font de plus en plus rares. Dans les villages isolés, il existe vraisemblablement plus de variétés locales qu’en zone péri-urbaines, où les semences hybrides du commerce se sont généralisées. Les maraîchères approvisionnant les marchés de grandes villes sont soumises aux exigences de leurs clientes. Ainsi, les nouvelles variétés de tomate par exemple, se conservent plus longtemps mais ont beaucoup moins de goût que les variétés locales, en revanche, elles sont demandées sur le marché.

Dans la région de Kayes, en maraîchage, les espèces dont les semences sont disponibles localement sont les aubergines amères (aubergines africaines), les piments, les gombos, certaines tomates et les petits oignons. Certaines semences comme celles de carottes, pommes de terre ou de choux ne peuvent arriver à maturité sous ce climat sahélien, et doivent être achetées. Lorsque les paysan(ne)s ont accès à l’eau, ils utilisent souvent des semences “améliorées” pour leur valeur sur le marché, par exemple la semence d’oignon violet de Galmy se vend 100€/kg sur Kayes. Ils achètent les semences de base aux centres de recherche et les multiplient dans leurs champs. Comme ils ne pratiquent pas de sélection eux-mêmes, les semences dégénèrent rapidement et ils sont obligés de les renouveler tous les trois ans.

Dans la région de Kayes c’est principalement la semence d’oignon violet qui est reproduite. Comme sa conservation est rendue très difficile par les fortes chaleurs et nécessite un certain savoir-faire, les paysans en rachètent chaque année aux multiplicateurs locaux. Ce n’est pas le cas pour les variétés locales d’oignon ou de tomate, qui sont conservées et ressemées par chacun.

Pour le maïs, les paysannes disent que les variétés hybrides importées ne sont pas adaptées à la culture locale, la plupart sélectionnent donc leurs semences de maïs dans les variétés locales (populations) en choisissant le type caractéristique. Suite à ces échanges, BEDE, a répondu à la demande de l’URCAK, coopérative agricole de la région de Kayes au Mali, pour faciliter un échange entre paysannes françaises du RSP et paysannes maliennes en 2005, afin de favoriser et d’encourager la sélection et la multiplication de semences paysannes (fondamentales pour la sécurité alimentaire des populations rurales en Afrique).

Perspectives pour un réseau semences européen et africain

Que la semence paysanne soit un enjeu d’importance, cela paraît nouveau et un peu étrange lorsque commence la conversation entre paysans européens et maliens. En matière de semence, l’Etat était jusqu'ici très présent, mais aujourd’hui il se désengage en privatisant des segments de la filière semence. Les paysans les plus modernes sont encadrés par des techniciens formatés aux conceptions européennes des semences certifiées.

Les témoignages européens sur l’historique des pays industriels de la perte des droits des agriculteurs (COV, CVO, brevets) ont été très percutants, ce qui stimule l’intérêt pour les initiatives de lutte contre la perte du patrimoine génétique des semences qui existe en Afrique. Par exemple, des foires de la biodiversité commencent à être réalisées et des banques de semences sont créées dans la sous région, en particulier au Sénégal avec l’Association Sénégalaise des Producteurs de Semences Paysannes (ASPSP), dont le président, Lamine Biayes a accompagné la délégation pendant tout le voyage.

Le nouveau cadre législatif de l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle (OAPI), à savoir un modèle UPOV de la Convention 91, autorisant les semenciers à leur refuser le droit de multiplier les variétés cultivées et de ressemer leurs grains qui dépossèdera les paysans du droit de ressemer, n’est pas encore en application et il existe en attendant un vrai espace pour installer une alternative, à partir d’un fond culturel encore très vivant, d’un réseau de paysans semenciers biologiques, bien informés et occupant le terrain.

On voit bien l’importance de favoriser l’échange d’expériences sur les questions à la fois techniques et politiques entre des groupements et réseaux en Afrique et des réseaux européens, en particulier avec les agriculteurs biologiques très impliqués dans l’auto production de semences adaptées aux terroirs.

Pour les paysans européens et maliens il est tout aussi fondamental d’élargir la problématique au problème des OGM et aux questions de droits des paysans, les leaders des principales organisations paysannes faîtières réunies dans la Coordination Nationale des Organisations Paysannes (CNOP) n’ont pas la moindre idée de ce qui a été négocié en leur nom à l’OAPI. Aucune information n’est parvenue non plus aux organisations paysannes sur la législation modèle de l’Union Africaine sur la protection des droits des communautés locales, des agriculteurs et des obtenteurs et pour les règles d’accès aux ressources biologiques, qui pourrait servir de contre feux à la privatisation rapide de leurs ressources. Une communication sur la loi modèle au Forum de Bamako par M. Goïta de l’ONG Accord – initiatrice de la nouvelle coalition africaine pour la conservation de la biodiversité- montre qu’il existe à l’échelle du Mali quelques groupes préoccupés par ces questions. Pour la CNOP, il est nécessaire d’organiser un atelier de formation pour permettre aux leaders paysans de la sous-région de comprendre l’évolution du droit des agriculteurs sur leurs semences, et jouer un rôle dans les futures négociations.

Un livret compte rendu du voyage d’échanges paysans a été édité en septembre 2004, vous pouvez en demander une copie en vous adressant à l’association BEDE : courriel

L'émergence du débat public sur les OGM en Afrique

Film documentaire : « Bayèrèma’shi. L’émergence du débat public sur les OGM en Afrique » (AAPSI, DJA-COMM, BEDE, S/D Idriss Diabaté)

Le voyage a également donné lieu à la production d’un film documentaire de 52 minutes, «Bayérèmas’shi» (en vente sur la page Publication s et vidéos), co-produit par les associations AAPSI (Association Africaine de production de Sons et Images), DJA-COMM Images et BEDE, sous la direction du réalisateur ivoirien Idriss Diabaté. «Bayérèma’shi», ou « la mère nourricière transformée », traduction en bambara du sigle OGM, fait part des témoignages apportés par les paysans et paysannes africains et européens dans les forums organisés au cours du voyage.

Les intervenants maliens y font état de l’absence totale d’information sur les OGM dans leur pays, comme dans d’autres pays d’Afrique. Face aux témoignages des paysans européens, ils expriment à leur tour de nombreuses inquiétudes sur les conséquences de ces cultures, en matière de risques pour la santé et l’environnement, mais aussi en termes socio-économiques et politiques : risques d’effritement de l’exploitation familiale, base des sociétés paysannes africaines; accentuation de la situation de dépendance vis à vis des sociétés multinationales occidentales, avec la perte des patrimoines semenciers locaux, déjà en forte voie de disparition.Les points de vue apportés dans « Bayérèma’shi », européens comme africains, soulignent ainsi que la mise en critique des OGM est loin d’être une question d’idéologie, mais qu’elle soulève de véritables enjeux de société auxquels des réponses strictement scientifiques et techniques ne suffisent pas : « C’est moins un problème idéologique qu’économique et politique. C’est un problème de contrôle du vivant» (Ibrahima Coulibaly, Coordination Nationale des Organisations Paysannes); «Il faut mentionner la question de l’éthique, en politique, et en matière de recherche. Les chercheurs ne peuvent pas dire « nous ne faisons que chercher» (…) La responsabilité morale des politiques, des chercheurs et de la société civile est engagée» (Aminata Traoré, Forum pour un autre Mali) (Extraits du film).

«Bayérèma’shi », montre d’autre part des témoignages sur les alternatives aux OGM, au-delà de leur contestation : en premier lieu, améliorer le revenu des paysans, comme principal moteur de l’augmentation de la production alimentaire ; en termes de qualités de la nutrition, utiliser des produits locaux, naturellement riche en vitamines ; pour lutter contre les difficultés techniques de production (conditions climatiques, pédologiques), développer la conservation et l’usage des semences paysannes, adaptées aux conditions environnementales et aux modes de production locaux, ainsi qu’aux modes de consommation. Autant de réponses au discours du lobby pro OGM qui prétend que cette technologie constitue la solution contre la faim en Afrique…

Ce film documentaire est un outil important pour développer le débat naissant sur les OGM au Mali et plus largement en Afrique, ainsi qu’en Europe. Une première version en français a été distribuée aux organisations paysannes africaines et européennes qui ont participé au projet «Semences de connaissance Mali». Des demandes de financement sont en cours pour une traduction en bambara afin d’assurer sa diffusion locale au Mali.

Contact : BEDE - 47 Place du Millénaire, 34000 Montpellier - Tel : 04 67 65 45 12 - courriel
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