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“La préservation de la biodiversité
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Variétés potagères menacées

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(Bulletin n°4 | janvier 2004)

Depuis janvier 2004, l’obligation pour les agrobiologistes d’utiliser des semences bio s’est renforcée : la dérogation permettant d’utiliser des semences non bios n’est plus automatique, et chaque agriculteur doit maintenant justifier que la variété qu’il souhaite utiliser n’est pas disponible en bio. On devrait se réjouir de cette évolution réglementaire, souhaitée par tous les organismes de l’agriculture biologique, vers une plus grande cohérence des pratiques de l’agriculture biologique certifiée. Malheureusement, dans les faits, la mise enœuvre de cette obligation risque bien de réduire encore un peu plus la diversité des semences disponibles pour les agrobiologistes et les consommateurs, alors même que celle-ci est indispensable à ce mode de production.

En effet, pour connaître la disponibilité en semences biologiques, l’Etat français a chargé le GNIS (Interprofession semencière) de mettre en œuvre une base de données. Toute variété inscrite à cette base de données doit satisfaire à la réglementation générale sur les semences, c’est-à-dire être inscrite au catalogue officiel. Or cela fait des années que le catalogue a été identifié comme un outil inadapté aux variétés utiles à l’agriculture biologique : pour preuve, la directive 98/95/CE prévoit que les critères d’inscription au catalogue soient modifiés, assouplis, pour les variétés adaptées à l’agriculture biologique et les variétés dites de conservation : il s’agit de revoir les exigences techniques (une variété adaptée à un terroir ne peut pas être homogène et stable, voir à ce propos l’article de F Delmond, dans le bulletin de liaison n°2), et bien sûr le coût, aujourd’hui rédhibitoire, pour des variétés dont les volumes destinés à être commercialisés sont minimes. Pourtant, 6 ans plus tard, cette directive n’est toujours pas mise en pratique. Les organisations de l’agriculture biologique, biodynamique et paysanne n’ont cessé d’alerter les pouvoirs publics sur le danger de mettre en œuvre une base de données des semences biologiques disponibles sans application préalable de cette directive : cela revient tout simplement à vouloir faire rentrer la biodiversité dans une réglementation qui, par essence, l’ignore.

Pour illustrer notre propos, voici une petite analyse de l’évolution depuis 1979 des variétés de plantes potagères inscrites au catalogue. Le nombre de variétés non hybrides par rapport aux variétés hybrides F1 indique le degré de liberté dont disposent les petits semenciers artisanaux qui se refusent à produire des semences de variétés hybrides et qui n’ont pas les moyens d’inscrire des variétés. Pour approvisionner les maraîchers, ils n’ont plus le choix qu’entre un nombre restreint de variétés population ou fixées qui diminue d’année en année, les variétés anciennes étant réservées aux jardiniers amateurs .Il indique aussi le degré d'indépendance des maraîchers vis à vis des semenciers.

Tableau 1 : Légumes à dominante allogame (2) pour lesquels il existe des variétés hybrides F1 (exemples)

 

Cat. 1979

Catalogue 2003

Non hybr

Hyb

Non hybr

Hyb

Var

anc

Carotte

41

6

12

66

4

Chou-fleur

92

0

17

83

2

Courgette

10

17

8

75

0

Autres courges

0

0

28

Melon

29

5

8

249

13

Radis

65

1

42

16

2



On remarque au passage que les maraîchers n'ont pas le droit de produire des cucurbitacées (courges, courges musquées et potirons) autres que les courgettes puisque leurs semences ne sont disponibles qu'en variétés anciennes "réservées exclusivement aux jardiniers"! Heureusement pour les consommateurs qui n'ont pas la chance d'avoir un jardin, cette réglementation n'est pas appliquée. On trouve ces variétés jusque dans les supermarchés ce qui prouve qu'elles ne sont pas aussi inutilisables par les professionnels que le disent le CTPS (Comité Technique Permanent de la Sélection, chargé de l'inscription des variétés au catalogue ) et le GNIS qui les accusent de ne pas être assez homogènes!

 

Tableau 2 : Légumes autogames (3)pour lesquels il n’existe pas de variétés hybrides F1 (exemples)

Cat. 1979

Catalogue 2003

Non hybr

Non hybr

Var anc.

Haricot nain

242

194

11

Haricot à rame

31

24

5

Laitue

135

252

20

Pois potager

180

100

 

On constate que le nombre et surtout la proportion de variétés que les petits semenciers artisanaux ont le droit de multiplier et de commercialiser (variétés non hybrides et inscrites depuis plus de 20 ans + variétés anciennes réservées aux amateurs) n'a cessé de diminuer: pour les plantes allogames, il est passé de 77% des variétés inscrites à 29% des variétés inscrites. *

Rien que depuis l’année 2000, des dizaines de variétés ont été radiées du catalogue officiel, car les semenciers traditionnels ne font plus le travail de sélection conservatrice (maintien) de ces variétés. Ces radiations constituent, de fait, des interdictions de commercialisation. Voici quelques exemples de variétés radiées alors qu’elles sont produites ou susceptibles de l'être prochainement par les semenciers artisanaux biologiques comme Le Biau Germe, Essem'Bio, Germinance. Les variétés citées sont distribuées non seulement auprès des jardiniers mais aussi auprès de certains maraîchers bio qui s'en montrent fort satisfaits et les utilisent chaque année : carotte de Chantenay 3, carotte nantaise races 4 + 5 + 7, chou rouge tête noire 3 (il ne reste désormais plus qu'une variété non hybride au cat. officiel français ! ), melon de Bellegarde, laitue Cybèle, cardon plein blanc inerme, chicorée rouge de Chioggia, haricot nain Soissons hâtif, laitue Beaujolaise, La carotte rouge courte améliorée à forcer (dernière variété de ce type au cat. français), haricot à rame à cosse violette, (idem), haricot nain flageolet rouge (idem), haricot nain roi des beurres, haricot nain Talisman, laitue Audran, navet de Milan rouge, poivron doux bastidon, oignon rouge pâle de Niort, radis national 4, chou brocoli calabrais à jets verts (dernière variété non hybride du cat. français), chou cabus de Brunswick, navet Bency, tomate casaque rouge

S'y ajoutent les restrictions réglementaires dues à l'inscription d'autres variétés sur la liste annexe des "variétés anciennes réservées exclusivement aux jardiniers amateurs", variétés dont les semences ne peuvent être vendues aux maraîchers. Entre autres, depuis 2000 : l’aubergine ronde blanche à œufs, les pâtissons blanc et vert pâle de Benning, la courge pomme d'or, la courge musquée butternut et sucrine du Berry, le fenouil doux précoce d'été, le haricot nain gloire de Deuil, la laitue batavia Pasquier, la laitue romaine rouge d'hiver, le piment de la Bresse, la poirée verte à couper, le potiron bleu de Hongrie, le potiron buttercup, le potiron Marina di Chioggia, le potiron vert olive, la tomate des Andes, la tomate Karos, la (fameuse) tomate rose de Berne, la tomate (cerise) jaune poire, la tomate (cerise) rouge poire.

Pour les espèces chez lesquelles on sait faire des hybrides F1, l'érosion génétique a été très importante : on est passé en 23 ans de 491 variétés non hybrides à 245, soit une perte de 50% (et même plus de 50% car dans les 245 variétés, il y a quelques obtentions récentes). Il est vrai que certaines variétés radiées en France existent encore dans au moins un des pays de l’UE. Mais au train où va cette évolution, on peut se demander ce qu'il restera de nos variétés traditionnelles dans 50 ans seulement. Et ce n'est pas la nouvelle catégorie de variétés anciennes qui y remédiera car les variétés qui y sont inscrites ne sont, le plus souvent, pas celles qui ont été radiées. En effet, les variétés qui y ont été inscrites jusqu'à présent sont surtout des cucurbitacées et des solanacées, variétés étrangères le plus souvent, qui n'avaient jamais été inscrites en France: en gros, 170 variétés sur 193!! Pour les espèces chez lesquelles on ne sait pas faire d'hybrides, le nombre de variétés est resté globalement plus stable: les nouvelles variétés ont à peine compensé les radiations. Mais si on regarde les chiffres espèce par espèce, on constate une nette érosion chez les légumineuses (malgré un grand nombre de variétés nouvelles de haricot), le céleri et le navet qui a été en grande partie compensée par de nouvelles obtentions de salades (chicorées, laitues et mâche). Le cas des salades et du haricot permet, au passage, de constater qu'il peut y avoir "progrès génétique" pour les agriculteurs et rentabilité suffisante pour les semenciers en dehors de la voie hybride. Autrement dit, que la possibilité pour les paysans de faire des semences fermières n'empêche pas les obtenteurs et les semenciers de faire leur travail. Ici aussi, en dehors du haricot et de la laitue, le catalogue des variétés anciennes n'a pas un gros succès et n'empêche guère l'érosion génétique.

Dans ce contexte, deux mesures s’imposent, même si elle ne résoudront pas la globalité du problème de la gestion de la biodiversité cultivée :

  • la levée de l'interdiction de commercialiser aux maraîchers les variétés anciennes de la liste annexe du catalogue officiel des variétés potagères,
  • la mise en application de la réglementation sur les variétés dites de conservation (directive 98/95/CE), dans les meilleurs délais et en tenant compte du point de vue des principaux intéressés que sont les semenciers artisanaux, les mainteneurs de variétés du domaine public, les maraîchers bio et les jardiniers. Cette réglementation permettrait à nouveau la commercialisation aux jardiniers et aux maraîchers des variétés du domaine public qui ont été interdites de commercialisation ces trente dernières années.

François Delmond et Hélène Zaharia

1. En 1997, la France a créé un catalogue annexe de “ variétés anciennes pour jardiniers amateurs ” (arrêté ministériel du 26/12/1997), pour les espèces potagères standards. Les variétés inscrites ne peuvent être vendues qu’à des jardiniers amateurs. Cette inscription coûte encore une centaine d’euros à celui qui en a l’initiative. Ce coût en limite donc l’usage, car certaines variétés représentent un chiffre d’affaire annuel de seulement quelques dizaines d’euros par an.

2. Plante qui est fécondée par le pollen d’une fleur située sur une plante différente

3. Plante qui est fécondée par du pollen d’une de ses fleurs

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