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Variétés anciennes de pomme de terre : conservation et utilisation

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Bulletin n°16 | d'avril 2006

Patrick Challaye est président de l'association Savoirs de terroir, qui contribue à inventorier et sauvegarder des collections de végétaux cultivés, transmises par des passionnés ayant des difficultés à poursuivre leur travail. C'est ainsi que depuis 5 ans, l'association gère - non sans difficultés - une collection de 200 variétés de pomme de terre de plus de 50 ans d'âge.
Gilbert Le Jeloux est producteur de plants de pomme de terre bio, au sein de Payzons Ferme en Bretagne. Tous deux ont participé en novembre dernier, avec une vingtaine d'autres passionnés, à une rencontre sur la conservation et l'utilisation des variétés anciennes. Ce dossier vous propose de revenir avec eux sur la problématique de la conservation des variétés anciennes de pomme de terre et leur utilité pour l'agriculture biologique ou paysanne.

Où en est-on en France de la connaissance et de la conservation des variétés anciennes de pomme-de-terre ?

Patrick : il y a 2 types de collection en France.

  • D'abord la collection de l'INRA, en Bretagne, qui comporte environ 1000 variétés, récentes ou anciennes. Les pommes de terre sont conservées in vitro, il n'y a donc pas besoin de les ressemer chaque année. Chaque ressource génétique conservée subit d'abord un passage en quarantaine et des moyens techniques et humains importants sont consacrés à cette conservation.
  • De l'autre côté, il y a les collections au champs, ressemées chaque année. Il existe plusieurs collectionneurs en France mais, à ma connaissance, toutes les variétés proviennent plus ou moins d'une seule collection : celle de Gérard Brossette, dans le Rhône, qui comporte 350 variétés. Notre association a en doublon depuis 5 ans 200 variétés qui proviennent de chez Gérard. Cette conservation est aujourd'hui extrêmement fragile : il y a la contrainte de devoir ressemer chaque année, mais aussi le besoin de changer régulièrement de terroir les plants, et de les cultiver en altitude de temps en temps pour éviter les maladies (les viroses notamment). Même si elles sont souvent moins productives, ces variétés ont l'avantage de « savoir vivre avec les viroses»,elles sont plus rustiques. Certaines présentent d'autres part de bonnes qualités gustatives.

Payzons ferme s'intéresse aux variétés anciennes? pourquoi ?

Gilbert : A Payzons ferme, nous commercialisons des plants bio, principalement pour des maraîchers mais aussi pour des jardiniers, plus attirés par la diversité.
Notre objectif est d'aller le plus possible vers des variétés adaptées à la bio, tout en restant dans le cadre, éventuellement limitant, de la réglementation sur les semences et plants. C'est ainsi qu'il nous arrive de proposer des variétés labelisées bio mais non certifiées en tant que plants parce que nous les jugeons intéressantes pour la bio. Comme le dit Patrick, certaines variétés anciennes peuvent présenter des qualités intéressantes pour le mode de culture bio (résistance à la dégénerescence virale, intérêt gustatif,...). Nous aimerions, à partir de cette diversité, entamer une sélection de variétés adaptées à la bio.

Qu'est-ce que vous préconisez pour tenter de renforcer la conservation et la diffusion des variétés de collection ?

Patrick : Partant du principe qu'il est nécessaire de sauvegarder les semences anciennes ayant démontré leur capacité d'adaptation à des terroirs et leur capacité à se maintenir malgré les viroses, le dispositif suivant serait souhaitable :

  1. la gestion d'un réseau d'échange de semences avec un système de parrainage (3 parrains jardiniers ou agriculteurs par variété)
  2. le maintien de 2 ou 3 collections pour garantir l'identité des semences distribuées, les erreurs de gestion dans les réseaux amateurs étant fréquentes. Une collection au moins devrait être située en altitude, comme stratégie pour éviter la dégérescence. Cette gestion en réseau demande des moyens que nous n'avons pas encore.

Ensuite il apparaît indispensable de maintenir ce patrimoine végétal libre de toute subordination économique, car certaines variétés peuvent présenter un intérêt commercial certain (bonne capacité reproductive, excellente saveur,...). Pour cela nous devons poursuivre le travail de documentation déjà initié, en créant un fond documentaire sur ces variétés anciennes, mais aussi des fiches techniques par variété (à distribuer aux parrains).

La question de la protection vis à vis d'une éventuelle appropriation (privée) reste entière : le travail de documentation est déjà une première étape pour maintenir dans le domaine public ces variétés, mais il serait sans doute souhaitable d'aller jusqu'à une inscription, garantissant l'antériorité de la variété en cas de tentative de dépot d'une protection.

Comment cela se passe en matière de réglementation quand on veut recultiver, conserver et diffuser des variétés anciennes?

Patrick : aujourd'hui notre travail de conservation qui implique une circulation des plants (au minimum auprès des parrains), est soupçonné d'être une vente déguisée de semences, alors même que la diffusion se fait à titre gratuit. Le travail de conservation en réseau s'inscrit difficilement dans la réglementation actuelle, qui concerne la vente de plants de variétés « commerciales ».
Gilbert : Le nombre de variétés anciennes, du domaine public, inscrite au catalogue officiel est très faible, ce qui implique que la vente (ou l'échange) de plants de variétés anciennes est interdit.
Pour la grande majorité de ces variétés anciennes, il faudra donc réfléchir à un cadre collectif de gestion, permettant la circulation et la protection vis à vis d'une éventuelle appropriation privée.
Pour quelques variétés les plus intéressantes pour l'agriculture bio ou paysanne, on peut envisager un processus d'inscription, permettant ensuite la vente de plants. Ce processus implique d'abord de passer par la « mise en quarantaine » pour garantir que ces variétés ne sont pas vectrices de certaines maladies bactériennes ou trop sensibles aux nématodes.
Ensuite, vient le processus d'inscription. En 2006, nous allons évaluer avec quelques maraîchers une dizaine de variétés provenant de la collection de Gérard Brossette, et par la suite, éventuellement engager ce processus d'inscription. Mais il nous reste à discuter avec les autorités compétentes la question du coût de cette inscription (plusieurs dizaines de milliers d'euros), Sans une évolution sur ce point, nous ne pourrons pas inscrire ces variétés.

Quelques éléments de la réglementation sur la production de plants de pomme de terre

Cette réglementation concerne :

  • l'inscription de la variété :
    Dans le cas de la pomme de terre, la variété doit être distincte, homogène et stable (DHS), et satisfaire les critères de la Valeur Agronomique et Technologique (VAT), c'est à dire que la valeur culturale et d'utilisation de la variétés doit être supérieure à des variétés « témoins ».
    Néanmoins, si la variété ne satisfait par le test VAT, elle peut être multipliée en France mais doit être commercialisée en dehors de l'Union Européenne.
  • les règles de production des plants :
    - le matériel de départ doit être issu de culture in-vitro.
    - toutes les étapes de la multiplication sont soumises à des contrôles sanitaires.
    - les plants ne peuvent être commercialisés que s'ils ont été officiellement certifiés (« plants de base » ou « plants certifiés »). La certification concerne notamment la pureté variétale et le fait que les plants soient indemnes de viroses et de certaines maladies.

 

Bulletin n°16 | Janvier 2006
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