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Qu’est qu’une « variété de conservation » ?

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Nouvelle publication! Le livre de Laurence Dessimoulie vous régalera de rencontres et de recettes à base de semences paysannes.

(Bulletin n°2 | septembre 2003)

Depuis 1998, une directive européenne (98/95/CE) permet aux Etats membres de fixer des dispositions spéciales concernant la commercialisation des semences de variétés dites « de conservation », de variétés destinées à l’agriculture biologique et de mélanges de variétés.

L’Etat français a saisi le CTPS (Centre technique permanent des semences) européen pour qu’il précise le contenu des dispositions spéciales en question. Contribution au débat : Variétés adaptables ou variétés adaptées ? Cela lui permet d’une part de faire passer le dossier des mains de la Direction Consommation qui les gère pour la Commission européenne à celles des experts agricoles (plus sensibles aux arguments des semenciers) qui siègent au CTPS. Cela lui permet aussi de gagner du temps puisque les experts en questions mettront deux ans à répondre. Entre temps il a aussi envoyé à Bruxelles une note précisant sa position (dont il n’a pas pour l’instant communiqué le contenu) : au vu des déclarations des fonctionnaires en charge du dossier, cette note milite très certainement pour une interprétation très restrictive du terme variétés de conservation. Il pourrait s’agir uniquement devariétés anciennement inscrites ! Nous sommes dans la dernière phase d’élaboration de cette directive et il est clair que ce n’est pas le Ministère, ni le GNIS (interprofession semencières) qui vont lancer une grande consultation sur son contenu, qu’ils souhaitent le plus vide possible. Si nous voulons que cette directive permette de construire un espace de liberté favorable aux semences paysannes, nous devons absolument faire des propositions concrètes, personne ne les fera à notre place. Une note de la Commission européenne ouvre la possibilité d’inscrire sur un catalogue « de conservation » des variétés s’éloignant des critères habituels d’homogénéité et de stabilité. Dans ce débat-là, la question soulevée par François Delmond est des plus pertinente : une variété adaptée peut être suffisamment fixée pour rentrer dans des critères un peu plus souples d’homogénéité et de stabilité. Ce n’est pas le cas d’une variété adaptable qui ne gardera ce caractère d’adaptabilité recherché que grâce à une grande hétérogénéité et une grande variabilité. Pour ces variétés là, nous devons au plus vite définir d’autres critères, peut-être plus qualitatifs, sortant de la simple description morphologique. La « nuance » soulignée ci-dessous par François est un préalable indispensable à ce travail qui engagera notre avenir. Guy Kastler.

Contribution au débat : Variétés adaptables ou variétés adaptées ?

Au sein du Réseau Semences Paysannes, le terme d'adaptation est revenu bien des fois au cours des conférences, débats etc.. "nous avons besoin de variétés adaptées à notre terroir, à nos conditions de culture" disions-nous. Par contre, le concept d'adaptabilité a été beaucoup moins mis en avant. C'est pour rétablir l'équilibre que je vous soumets ces quelques réflexions d'où il ressort qu'adaptation et adaptabilité sont les deux polarités entre lesquelles s'expriment la diversité et la plasticité des plantes.

Par adaptation, nous sous-entendons adaptation à des conditions précises d'environnement: sol, climat, mode de culture (biologique par exemple) ou à des conditions particulières d'utilisation de la récolte ( panification artisanale par exemple ). L'adaptation est d'autant plus grande que les conditions sont plus précises. Si l'on pousse l'adaptation d'une variété à son maximum - adaptation à des conditions très précises - la plante ne pourra plus pousser correctement que dans ces conditions. Ses habitudes de vie seront figées. Elle risque de perdre toute adaptabilité et de ne plus pouvoir évoluer.

Beaucoup d'espèces sauvages sont parfaitement adaptées à des conditions très précises d'environnement, elles sont spécialisées: c'est fréquemment le cas en montagne du fait des conditions très variées d'altitude, d'exposition ( avec leurs conséquences sur la température, l'hygrométrie, etc..) et souvent de sol. Ceci a conduit les plantes de montagne à se diversifier en un très grand nombre d'espèces et de sous espèces : chacune ne vit plus que dans des conditions très précises et ne peut plus s'adapter à de nouvelles conditions. Il en est de même au bord de mer pour certaines plantes inféodées ( liées ) à l'ambiance maritime riche en sel.

L'adaptabilité est la tendance inverse: ici, la plante n'est plus adaptée à des conditions précises d'environnement, mais a gardé la possibilité de s'adapter à toutes sortes de conditions. C'est le cas pour les plantes ubiquistes ( = qui poussent partout ) comme le pâturin qui est probablement la plante la plus répandue sur Terre: on le retrouve sous toutes les latitudes et sous tous les climats ( son adaptabilité a cependant des limites car c'est avant tout une plante de prairies aérées et lumineuses qu'on ne trouvera pas à l'ombre épaisse des forêts ). C'est aussi le cas de la plupart des plantes cultivées: la domestication a consisté, entre autres, à les sortir de leur contexte naturel pour les rendre adaptables à des conditions de vie variées, de sol et de climat. Mais là aussi l'adaptabilité n'est pas totale car les condition de culture à travers la planète présentent de nombreux points communs: culture en zone défrichée (clairière), sur sol enrichi et travaillé, arrosage régulier, etc.. Toutes les plantes n'ont pas la même adaptabilité. Le chou en est un bon exemple car à l'état sauvage, il ne s'éloigne pas à plus de quelques mètres des rivages ou du sommet des falaises maritimes océaniques ou méditerranéennes. Sous l'effet de la domestication, il a révélé des possibilités d'adaptation et de plasticité étonnantes.

Il est clair, Guy Kastler l'a bien montré dans certains de ses articles, que l'agriculture intensive a tendance à gommer toutes les différences et à uniformiser les conditions de culture à travers le monde. Au contraire, l'agriculture biologique ( et, probablement, l'agriculture bio dynamique encore plus ) tend à favoriser l'expression des particularités locales: sol, climat, rythmes naturels, pratiques particulières. D'où des attentes particulières des jardiniers et agriculteurs en matière d'amélioration des plantes.

Ce travail d'amélioration devient un art, l'art de concilier les contraires et de trouver le juste équilibre, dans une même plante, entre une adaptation optimale et une adaptabilité optimale. Cet équilibre devra permettre aux plantes d'une part de se développer normalement dans de nouvelles conditions de culture, et, d'autre part, de s'adapter à l'évolution constante des conditions d'environnement, climatiques tout particulièrement. Le sélectionneur cherchera sans doute dans les populations qu'il améliore, à garder un équilibre entre une trop grande homogénéité et une trop grande hétérogénéité. Mais pas seulement car l'hétérogénéité n'est pas forcément le signe d'une grande adaptabilité. L'adaptabilité à laquelle nous pensons est davantage une qualité intrinsèque des plantes individuelles que des populations de plantes qui, lorsqu'elles sont suffisamment hétérogènes, contiennent toujours au moins quelques plantes capables de résister à un changement dans leur environnement ( nouveau ravageur par exemple ).

Cette adaptabilité n'est possible que si une variété n'est pas constamment cultivée et multipliée de la même manière, dans les mêmes sols et sous le même climat. Elle se développe et s'entretient en modifiant volontairement les conditions de culture de la variété: semer une année le plus tôt possible et, l'année suivante, le plus tard possible; cultiver en condition sèche puis en condition humide, en sol très riche puis plus pauvre, etc.…, On la renforce lorsqu'on s'organise pour multiplier successivement une variété dans des régions aux caractéristiques différentes: sol siliceux puis sol calcaire, en altitude puis en plaine, en climat océanique puis continental ou méditerranéen, etc.. Ce qui suppose un travail en réseau et de bonnes compétences des membres du réseau surtout pour ceux qui sont en conditions extrêmes ( par exemple en altitude ).

Bien entendu, pour une même variété, on peut très bien rechercher une adaptation optimale à certaines conditions ( de terroir par exemple ) tout en conservant une bonne adaptabilité, pour d'autres critères tels que besoins en eau, en chaleur ce qui permet à ces plantes de s'adapter aux conditions actuellement très changeantes de climat ( alternance de périodes très sèches et très humides, trop chaudes puis trop froides ) et aux risques de pollutions accidentelles.

Ces réflexions sont à prendre en compte dans l'organisation à venir de nos réseaux et dans nos revendications et négociations. Je pense en particulier à la définition de nouveaux critères de description et d'identification des variétés que nous voudrions inscrire dans le cadre de la mise en application de la directive 98/95 CE sur les variétés de conservation. Attention à ne pas nous faire coincer par des critères trop figés. La palette des possibilités de la vie est bien plus grande que ce que nous imaginons, tout particulièrement dans le monde des plantes. A nous d'apprendre à les connaître et à les mettre en valeur! par François Delmond

 
(Voir à ce sujet le remarquable ouvrage de Francis Halley, L'Eloge de la Plante - Le Seuil - 2001).

Articles à lire en lien avec le sujet : « Quelles semences pour demain ? », Véronique Chable, Revue L’Ecologiste Vol. 4 N°2 – Juin 2003 Dossier FNAB INFO, 2ème trimestre 2003 « La biodiversité est dans les fermes » « Les semences paysannes : l’alternative aux OGM » Guy Kastler Nature&Progrès n°41, mai-juin2003 « La question des variétés hybrides F1 », François Delmond, Biodynamis N°42, juin 2003 « Des règles de commercialisation plus souples pour les variétés menacées d’érosion génétique ? », Laurence Campariol, Revue Semences et Progrès n°115, juin 2003

Autres articles à noter : « Les semences bio répondent bien aux normes de qualité », François Collin, Revue semence de la FNAMS N°172 « Les coûts de production des semences bio », Laura Brun, Revue semence de la FNAMS N°172 « Un cas d’école dans l’accueil d’une innovation : les OGM », André Cauderon, Revue Semences et Progrès n°115, juin 2003 (où l’accueil des OGM est comparée à l’innovation triticale…).

 

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