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Pour un printemps sans OGM

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Depuis le début de l'année, une mobilisation citoyenne forte s'est organisée pour obtenir un moratoire immédiat sur les cultures OGM, avant les semis de maïs et donc avant l'élection présidentielle. Retour sur cette action indispensable et courageuse, de ces dernières semaines.

En décembre 2006, puis à nouveau en février 2007, plus des deux tiers des Etats européens, dont la France, approuvent au Conseil européen de l’environnement les moratoires autrichiens et hongrois sur les seules variétés de maïs OGM actuellement autorisées en Europe. Dès lors, la position que prendra la France, principal producteur agricole européen, devient déterminante en Europe, tout comme l’est pour le monde la position européenne, dernière grande région à s’opposer au tout OGM.

C’est pourquoi Monsanto avait déjà déclaré que 2006 serait « l’année des OGM en France ». Son vœu n’a pas été exhaussé : les cultivateurs d’OGM ont du alors s’organiser pour livrer eux-mêmes leur récolte en Espagne et à peine 5 000 ha ont été semés, selon les chiffres invérifiables fournis par les promoteurs des OGM. En 2007, suite à une réunion « au sommet » des semenciers, les grosses coopératives s’engagent dans la bataille : elles annoncent 50 à 70 000 ha de cultures d’OGM et, pour la première fois, distribuent des semences GM, s’engagent à assurer la collecte des récoltes et organisent de nombreuses réunions « d’information » pour inciter leurs adhérents à en semer. Apparemment, elles n’y ont aucun intérêt puisque les brevets sont tous américains. En fait, elles espèrent profiter des contraintes de la coexistence pour imposer la généralisation des cultures sous contrat : tout achat de semence OGM est lié à un engagement de livraison de la récolte pour éviter qu’elle ne soit mélangée à des récoltes « sans OGM », et toute livraison de récolte sans OGM nécessite l’achat préalable de semences certifiées, seules à être garanties sans OGM.

Fin février, les Etats Généraux du Moratoire réunissent plus de deux cent participants à Orléans et soulignent l’importance d’obtenir une décision du gouvernement actuel avant les semis d’avril, donc avant les élections. Le 13 mars, Gilles Eric Séralini et Greenpeace publient les résultats d’une étude du CRIIGEN sur l’évaluation présentée par Monsanto de l’impact de la consommation de son maïs MON 863 par des rats. Cette évaluation remise à l’AESA se voulait couverte par le secret industriel, mais le tribunal a décidé que ce qui concerne la santé doit être rendu public. On peut ainsi découvrir que la consommation de ce maïs OGM génère de nombreux signes pathologiques qui devraient pour le moins inciter à poursuivre les recherches avant toute autorisation.

Le lendemain, devant l’absence de décision politique, dix personnes entament une grève de la faim : consommateurs, artisans, chefs d’entreprise, paysans, ils sont soutenus par de nombreuses organisations qui s’opposent aux OGM, dont le Réseau Semences Paysannes. Ils s’installent dans la galerie de l’évolution du Muséum d’histoire naturelle à Paris, mais la direction décide rapidement d’en fermer l’accès au public : la science officielle qui accepte la dissémination incontrôlée des OGM qu’elle présente au dernier étage de la galerie, refuse ainsi toute place aux citoyens qui s’opposent à cette rupture radicale de l’évolution et des barrières entre les espèces.

Le 19 mars, les grévistes s’enchaînent devant le siège de la Commission du Génie Biomoléculaire et de la Direction Générale de l’Alimentation : accueil musclé de la police, refus de tout dialogue, évacuation toutes sirènes hurlantes vers le centre de détention où ils sont relâchés après un contrôle d’identité. Le lendemain, le gouvernement publie plusieurs décrets légalisant une absence totale d’organisation de la coexistence et de suivi des cultures d’OGM. Les jours suivant, les grévistes s’enchaînent dans la Mairie de la candidate UMP à la mairie de Paris, puis la Cité des Sciences de la Villette avec la comédienne Anémone, et enfin devant le siège de l’UMP : la presse nationale s’empare peu à peu du sujet (Charlie hebdo, Libération, FR3…), mais toujours pas le gouvernement. Des jeûnes pour le moratoire démarrent à Angoulème, Périgueux, Toulouse, Montpellier, Lyon…

Dominique Voynet, José Bové puis Ségolène Royal manifestent directement ou par écrit leur soutien à l’action des grévistes, et au bout de 15 jours, l’ensemble des candidats aux élections présidentielles se sont déclarés favorables au moratoire, sauf Nicolas Sarkosy, candidat du parti du gouvernement. Le 23 mars, il annonce ne pas vouloir prendre de décision sous la pression des élections, préférant ainsi laisser s’installer, avec les semis, la pression du fait accompli et des contaminations : preuve supplémentaire de l’absence de courage politique du petit homme qui se veut musclé.

Fin mars, 8 des grévistes parisiens se rendent à Pau, fief d’Euralis, une des principales coopératives ayant annoncé sa décision de diffuser et de collecter des OGM. Le 12 mars, près de mille personnes se sont déjà rassemblées devant ses locaux pour protester contre ce forfait et, la veille, lors d’un débat animé, son président s’est vu contesté par ses propres adhérents. Après avoir interpellé le monde politique dans la capitale, les grévistes viennent ainsi renforcer la lutte des béarnais et des basques qui disent aux quelques agriculteurs tentés par les sirènes des OGM : « ne semez pas les graines de la discorde, nous avons le droit de garder une agriculture de qualité ». Le message est reçu 5 sur 5 : accueil « aux petits soins » à la Communauté Emmaüs de Pau-Lescar, défilé de journalistes et d’élus locaux, régionaux et nationaux qui viennent signer l’appel d’Orléans, interpellation du Préfet, plus de 200 manifestants dans les rues de Pau…

Le 1er avril, les déclarations de Nicolas Hulot reflètent les intentions du Président Chirac, seul à pouvoir encore décider d’un moratoire malgré l’opposition de Nicolas Sarkozy. Hulot demande certes un moratoire sur les OGM, mais oublie, bien que cela lui ait été demandé, de préciser qu’il doit être pris tout de suite, avant les semis et sans attendre les élections. Il oublie aussi de soutenir les grévistes de la faim. Dans le même temps, les premiers semis commencent dans le sud ouest.

Satisfaits de la généralisation des luttes et déçus de l’autisme du gouvernement, les grévistes décident alors de suspendre leur mouvement pour passer à d’autres formes d’action. Après les élections, le moratoire devra s’accompagner de la destruction des champs d’OGM semés et, d’ici là, il s’agit d’inciter ceux qui voudraient semer à y renoncer. En cas de dommages engendrés par des contaminations, ces agriculteurs seront les seuls responsables comme l’indique le contrat qu’ils ont signé avec leur fournisseurs de semences et aucune assurance n’accepte de couvrir le risque qu’ils prennent. Le 5 avril se déroule à Marmande le premier procès engagé par un apiculteur dont les ruches ont été contaminées en 2006 par des cultures OGM et qui demande au juge des référés d’interdire les semis d’OGM annoncés pour 2007 car ils lui interdiraient de façon certaine toute possibilité de produire « sans OGM » sur ses lieux habituels de transhumance. Le courage n’étant pas le propre de la juge de Marmande, ni sa volonté de substituer la justice à l’absence de décision politique claire, celle-ci annonce qu’elle rendra son verdict le 24 mai, soit bien après la fin des semis.

Début avril, les jeûnes pour le moratoire renaissent à Strasbourg, la Bretagne, à nouveau à Toulouse. De nombreuses antennes régionales de la Protection des Végétaux sont visitées et doivent reconnaître leur incapacité à assurer le moindre suivi des possibles contaminations des cultures conventionnelles ou bio et des ruches, faute de moyens matériels et humains et de consignes du gouvernement. Le 13 avril, près de 120 paysans et consommateurs occupent la coopérative « Lur Berry » au pays basque pour exiger l’arrêt des ventes de semences OGM. Plus de mille personnes se succèdent pour maintenir cette occupation jusqu’à ce que, le 20 avril, son président, ami de François Bayrou qui s’est prononcé pour le moratoire, s’engage à suspendre toute vente de semences OGM jusqu’au lendemain des élections présidentielles. Les OGM rentrent ainsi dans le débat politique : en sortiront-ils définitivement vaincus au profit de l’autonomie des paysans et de la souveraineté alimentaire qui commencent tous deux par la protection des semences paysannes ? A suivre…

Guy Kastler, délégué général du RSP et gréviste de la faim

Avril 2007

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