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Nouvelles techniques de sélection des plantes : OGM ou pas OGM ?

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30 avril 2016

Article paru sur Science et Avenir

Par Loïc Chauveau

Les variétés de plantes créées grâce aux nouvelles techniques permises par les progrès de la génomique doivent-elles être considérées comme des OGM ? Le débat, vif, perturbe le Haut Conseil des biotechnologies. Le point en 5 questions.

L’onde de choc de la démission de 7 ONG du Haut Conseil des biotechnologies (HCB), le 13 avril 2016, ne cesse de se faire ressentir. Source de leur colère : un projet d’avis favorable aux nouvelles techniques de sélection des plantes (NPBT, selon le sigle de l’anglais new plant breeding technics) émis par le conseil scientifique du HCB qui n’a pas pris en compte les commentaires défavorables d’un de ses propres membres. Ce scientifique, Yves Bertheau, directeur de recherche Inra au Muséum national d’histoire naturelle, a également démissionné. La France n’est pas le seul pays à tenter de donner un statut à ces techniques issues d’un séquençage de l’ADN plus rapide et moins cher. Les États-Unis revoient eux aussi leur réglementation et l’Union européenne tarde à émettre un avis juridique sur la question. L’enjeu ? Classer ou non les variétés culturales issues de ces techniques dans la catégorie des organismes génétiquement modifiés (OGM).

Quelles sont ces nouvelles techniques?

L’Union européenne en identifie 8 mais il faut ajouter à la liste le très récent CRISPR-Cas9, technique de mutation du génome qui vient d’être utilisée au États-Unis sur un champignon de Paris. Elles peuvent être très différentes. Ainsi, l’agro-infiltration consiste à asperger des bactéries d’intérêt cultural sur les plantes qui vont les absorber par les stomates des feuilles. Mais le vif du débat concerne les actions directes sur le génome : zinc finger nucléase, TALE-Nucléase, CRISPR-Cas9, mutagenèse dirigée par oligonucléotides, extinction de gène par interférence ARN. Les nouvelles techniques génomiques permettent d’introduire directement dans le génome des gènes d’intérêt provenant d’espèces semblables ou proches. “C’est un moyen plus précis et plus rapide pour insérer un gène de résistance à la sécheresse où à un champignon pathogène que la mutagenèse, technique très ancienne qui permettait de multiplier de façon aléatoire par un traitement physique ou chimique des mutations susceptibles d’améliorer la résistance des plantes”, explique Delphine Guey, en charge du dossier au Groupement national interprofessionnel des semences (GNIS).

Ces techniques permettent soit d’éteindre l’action d’un gène, soit d’activer une mutation d’intérêt. La technologie des nucléases consiste en effet à introduire dans la cellule de façon ciblée un gène d’intérêt que la cellule va répliquer en réparant la blessure qu’on lui a infligée. “La cellule va se réparer à 99% à l’identique et va muter sur le 1% restant et c’est cette mutation que l’on recherche”, expose Peter Rogoski, chercheur à l’École normale supérieure de Lyon, en charge du projet Genius, financé par les Programmes d’investissement d’avenir.

Quelles questions scientifiques posent-elles?

Les plantes modifiées par ces techniques sont-elles des OGM ? Et sont-elles réellement indemnes de tout risque pour l’environnement et la santé des consommateurs ? La question se focalise sur les “off-targets”, les atteintes aux zones du génome non visées. “Il est faux de dire que la technique permet de cibler précisément la cellule visée, affirme Yves Bertheau. Elle affecte aussi d’autres régions du génome, sans qu’on sache précisément lesquelles et sans qu’on évalue les effets possibles sur la plante, mais aussi sur ses fruits susceptibles d’être consommés.” Si les semenciers ont plutôt tendance à nier ces effets non recherchés, Peter Rogoski rejoint l’avis scientifique de son contradicteur. “Cependant, avec les nucléases, ces mutations non voulues ne sont qu’une vingtaine tout au plus tandis que la mutagenèse en provoquait des dizaines de milliers.”

Le classement en OGM ferait également s’appliquer les règles de coexistence entre cultures traditionnelles et génétiquement modifiées. Pour éviter les pollinisations croisées, il faudra respecter des distances entre les champs hébergeant des cultures différentes qui s’imposent en priorité aux cultivateurs des gènes modifiés.

Autre question : la traçabilité. Selon le GNIS, le produit final est indemne de toute trace de manipulation génétiqued’autant que la recherche d’une nouvelle variété implique une multitude de croisement entre des pères et des mères qui peuvent avoir été modifié par des techniques différentes”, argue Delphine Guey. On ne pourrait donc les distinguer d’une variété obtenue par des moyens traditionnels. Faux, rétorque Yves Bertheau, qui a travaillé à la mise en place du réseau européen ENGL de traçabilité des OGM. “L’identification des nouvelles techniques ne doit pas se focaliser uniquement sur la partie ciblée mais doit faire appel à un faisceau convergent de faits tels que la possibilité de la détection de modifications hors-cibles, l’utilisation d’éléments comme la fréquence prévisible de mutations à l’endroit ciblé, les systèmes d’aides à la décision prenant en compte l’origine géographique du produit et la traçabilité documentaire.”

Qu’en espèrent les semenciers ?

Les 73 entreprises françaises de sélection des semences produisant environ 600 nouvelles variétés par an espèrent pouvoir utiliser ces technologies sans devoir respecter les conditions de traçabilité et d’étiquetage des OGM ni affronter l’opposition de l’opinion publique et des consommateurs. Pour le GNIS, les nouvelles variétés ne doivent pas dépendre de la réglementation OGM lorsque les produits peuvent aussi être obtenus par les traditionnels croisements sexués, lorsqu’ils peuvent aussi être issus de mutagenèse et lorsqu’il n’y a pas d’introduction de gènes étrangers à l’espèce. Il n’y aurait alors aucune contrainte à l’utilisation de techniques qui sont de moins en moins onéreuses avec un avantage de temps que le GNIS met en avant : il ne faudra alors que 4 ans en moyenne contre 10 actuellement pour sortir une nouvelle variété.

Que redoutent leurs opposants ?

Pour les organisations démissionnaires du HCB, le risque d’une mutation non désirée dans une variété commerciale n’est pas négligeable et pourrait poser des problèmes de santé publique “le risque zéro n’existant pas”. Les opposants mettent également en avant les risques de brevetabilité du vivant, sujet qui vient de faire l’objet d’un amendement de la loi “biodiversité”. Ils craignent en outre que les agriculteurs ne deviennent les prisonniers des semenciers et réclament une plus grande liberté de production de leurs propres semences paysannes. “C’est une révolution technique et biologique que l’on veut imposer à l’ensemble de l’agriculture et de la société en refusant d’en évaluer les conséquences sur la santé humaine”, dénonce Patrick de Kochko, du réseau Semences paysannes.

Quelle agriculture pour demain ?


On le voit, les questions scientifiques débordent très rapidement sur le terrain politique. Depuis de nombreuses années, deux agricultures s’affrontent, incompatibles. Les biotechnologies constituent un nouveau chapitre de la “révolution verte” qui voit une industrialisation croissante de l’agriculture. Elles permettent de prolonger un modèle productiviste basé sur la sélection toujours plus poussée de quelques variétés vendues dans le monde entier. Pour ses défenseurs, ce type d’agriculture est le seul qui puisse nourrir une humanité de 9 milliards d’habitants dans le respect de l’environnement.

Les opposants à ce modèle plaident en revanche pour une révolution agronomique où les cultures doivent se faire dans le respect de la biodiversité. Agriculture biologique, agro-foresterie, agriculture écologiquement intensive, agriculture de conservation des sols, ces domaines font appel à des domaines très différents de la science tout en poursuivant des buts plus humanistes et en revendiquant une productivité similaire à celle de l’agriculture conventionnelle. OGM ou pas OGM : un vrai débat public !

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