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Le logiciel libre au profit de tous

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Nouvelle publication! Le livre de Laurence Dessimoulie vous régalera de rencontres et de recettes à base de semences paysannes.

Bulletin n°11 | mars 2005

Pour s'affranchir des droits de « propriété intellectuelle», les créateurs de logiciels libres revendiquent la liberté d'exécuter, de copier, de distribuer, d'étudier et de modifier les programmes informatiques. Une brèche s'ouvre dans la marchandisation du monde.

Le logiciel libre au profit de tous

Une "variété" hybride, un OGM Terminator, une variété ayant intégré une information génétique brevetée sont des "logiciels propriétaires" : ne pouvant ressemer le grain récolté, le paysan ne peut ni les modifier, ni les échanger.

Une variété ressemable protégée par un C.O.V. (Certificat d’Obtention Végétal) est un logiciel partiellement propriétaire : le "code source" reste secret et le paysan ne peut pas échanger le grain récolté pour la faire évoluer et l'adapter. C'est aussi un logiciel partiellement libre d'accès pour le sélectionneur qui peut s'en servir librement pour créer une autre variété et pour le paysan qui peut ressemer le grain récolté sur sa propre ferme. Mais les critères D.H.S. (Distinction, Homogénéité et Stabilité) auxquels doivent répondre cette variété en font un logiciel presque exclusivement propriétaire. Ils génèrent en effet une sélection par et pour les conditions "de confort" (engrais/pesticides) de variétés fixées qui ne peuvent plus évoluer. Le paysan n'a plus le choix de son mode de culture, il est obligé d'utiliser moult engrais et pesticides et sa récolte "dégénère" dès qu'il la ressème deux ou trois fois.

Le Catalogue Commun des Variétés fait mieux que le logiciel propriétaire : il interdit l'échange et la commercialisation des semences paysannes qui ne peuvent répondre aux critères d'accès à l'inscription, D.H.S. (et V.A.T. pour les grandes cultures). Il interdit la concurrence du logiciel libre en interdisant la commercialisation ou l'échange de logiciels ne répondant pas au standard Microsoft. Le rêve de Bill Gates ! Les semences paysannes ont beaucoup à apprendre de l'innovation juridique des logiciels libres.

Guy Kastler

D'ou viennent les logiciels Libres?

 

À la fin des années 70, le laboratoire d'intelligence artificielle du Massachusetts Institute of Technology (MIT) reçoit une nouvelle imprimante de marque Xerox, soumise à un mal récurrent : le bourrage de papier. Richard Stallman, l'un des informaticiens, tente de récupérer le code-source du logiciel qui pilote l'imprimante et de le modifier pour réparer les erreurs de conception. C'est ainsi que Stallman et les autres informaticiens de sa génération ont toujours pratiqué. Mais les temps ont changé et le code du logiciel de l'imprimante n'est pas disponible. C'est la propriété de Xerox et la firme ne compte pas laisser quiconque y toucher. L'imprimante continuera ses bourrages et Stallman en retirera une certaine aversion envers les logiciels « propriétaires », protégés par un copyright restrictif. Quand, en 1985, il quitte le MIT, il fonde la Free Software Foundation dédiée à la mise au point de logiciels librement copiables et modifiables. « Si j'aime un programme, je dois le partager avec d'autres qui aiment ce programme. Les éditeurs de logiciels cherchent à diviser et à conquérir les utilisateurs, en interdisant à chacun de partager avec les autres. Je refuse de rompre la solidarité avec les autres utilisateurs de cette manière », écrit Stallman dans un manifeste fondateur.

Le premier objectif de l'Américain sera la conception d'un système d'exploitation (OS, operating system) complet pour ordinateur, un projet nommé GNU. L'OS est l'élément logiciel fondamental de toute machine qui permet d'accéder aux éléments de l'ordinateur (clavier, écran, mémoire...) et de faire tourner les programmes. C'est une ressource stratégique, car il est impossible de concevoir de nouveaux programmes sans disposer d'un accès aux informations de base du système d'exploitation.

Un travail collectif

Ce n'est pas un hasard si Microsoft a connu deux procès anti-trusts, l'un aux États-Unis, l'autre en Europe, pour avoir abusé de son contrôle sur le système d'exploitation Windows. Cette firme a pris l'habitude d'écarter ses concurrents par la rétention d'informations ou par des aménagements techniques favorisant ses propres logiciels. Ce pouvoir de discrimination est la conséquence directe de la propriété exercée sur l'OS, qui donne à Microsoft le contrôle de Windows.

En 1991, Linus Torvalds, un étudiant finlandais de l'université d'Helsinki, s'appuie sur le travail de Stallman pour apporter la dernière touche à GNU et conçoit Linux, le noyau du système d'exploitation, la dernière pièce de l'ensemble. C'est le début de GNU/Linux, promis à une croissance fulgurante. Des milliers de programmeurs dans le monde apportent leur contribution. Une dizaine d'années après sa première mise à disposition, Linux, symbolisé par sa mascotte Tux le manchot, devient le concurrent n°1 de Microsoft. Sur le marché des serveurs - ces ordinateurs indispensables pour faire tourner les sites web, les bases de données etc. -, l'OS connaît une croissance de plus de 50% chaque année. Et le succès des logiciels libres ne se cantonne pas aux systèmes d'exploitation. La suite bureautique Office (traitement de texte, tableur...) de Microsoft est concurrencée par une version libre, OpenOffice. Le principal logiciel dominant qui permet de diffuser des sites sur l'Internet se dénomme Apache et est adaptable et modifiable à l'envi selon les besoins des utilisateurs. Microsoft, qui propose sa propre mouture d'un tel programme, n'est jamais parvenu à l'imposer. En février 2004, plus de 67% des serveurs tournaient avec Apache, contre 21% avec le programme de la firme de Bill Gates.

La conception de programmes de façon décentralisée, coopérative, fondée sur le libre accès, est à l'origine d'une qualité au moins équivalente à celle des produits bardés de copyright et de restrictions d'accès. Est-ce seulement par souci d'économies que la bourse de New York utilise Linux pour la gestion de ses bases de données ? Aux adeptes de la propriété, prétendument matrice de toute création, les réseaux offrent souvent de cruels camouflets, démontrant que la circulation ouverte du code et des normes d'échange peut l'emporter sur la rétention et l'appropriation.

Florent Latrive, auteur de « Du Bon Usage de la Piraterie »
Pour en savoir plus :
- Cause commune : l'information entre bien commun et propriété, Philippe Aigrain -Février 2005- Éditions Fayard, Collection Transversales.
- Les brevets bloquent la recherche. Dossier de 4 pages d'Alternatives économiques, n°229 - octobre 2004

 

* Avec l’aimable autorisation de Campagnes Solidaires : article extrait du N°194, mars 2005, dossier « Brevet, licence, certificat d’obtention végétale… la vie confisquée ». Campagnes Solidaires est la revue mensuelle de la Confédération paysanne. Elle est disponible sur abonnement (voir onglet "abonnement).

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