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La semence paysanne essaime pour l’avenir

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30 nov 2010

Fin de la paysannerie ? La menace se dessine depuis plus d’un siècle. Le droit séculaire des paysans à ressemer les semences récoltées sur leurs terres et à les échanger se réduit comme peau de chagrin. La biodiversité et la sécurité alimentaire sont aussi dans le viseur. En 2003, en France, trois cent cinquante personnes, en majorité paysannes, décidaient de réagir et créaient le réseau Semences paysannes. Son objectif : contrer un agrobusiness qui ne cultive plus la terre, mais l’exploite. Son industrie produit des semences de variétés qui répondent à des besoins de rendement, de mécanisation et de monopole ; une marchandise parmi d’autres dont les OGM sont la dernière nouveauté. Pourquoi s’en inquiéter ? Parce que cette réalité économique et technique s’accompagne d’un verrouillage juridique et réglementaire qui nie tout autre forme d’agriculture. L’Europe et la France excluent de fait les semences paysannes de leur cadre juridique : seules les variétés inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés cultivées peuvent être commercialisées. Or les critères et les coûts d’inscription sont tels qu’ils éliminent les variétés paysannes et mettent leurs artisans sous la menace de la répression des fraudes ou de firmes en quête de royalties.


L’Europe, désireuse de renforcer l’utilisation des semences biologiques, propose d’adopter une réglementation n’autorisant en agriculture biologique que les semences de variétés commerciales inscrites au catalogue officiel. Pour Patrick de Kochko, l’animateur du réseau Semences paysannes, le compte n’y est pas : « Très peu sont disponibles sur le marché et elles sont rarement adaptées aux agricultures biologiques et paysannes », explique-t-il.


Le paysan-meunier leur préfère des semences et des plants issus de sa ferme lot-et-garonnaise qu’il échange et dont il ressème la récolte : « Je considère que la semence est un bien collectif, ce que le réseau défend et met en œuvre à travers ses initiatives. Nous n’avons pas la prétention de faire basculer le système. Seulement celle de préparer l’avenir en promouvant une production respectueuse de l’homme et de l’environnement, en préservant le futur de la paysannerie et en militant pour d’autres formes de consommation. » La détermination de Patrick de Kochko n’a d’égale que sa fierté d’être paysan. Ce sentiment, le petit-fils d’éleveurs auvergnats né en région parisienne l’a probablement hérité de grands-parents éleveurs dans le Cantal : « S’ils n’ont pas pu transmettre leur ferme à ma mère qui est montée à Paris pour travailler, j’ai toujours gardé le souvenir de mes étés passés chez eux », raconte celui qui fut d’abord ingénieur agronome. Ses missions au Cirad, le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement, l’emmènent aux quatre coins du monde. Jusqu’à Bruxelles, où il est expert auprès de la Communauté européenne. Mais l’appel de la terre reste le plus fort : « Notre parcours nous a conduits, ma famille et moi, sur cette terre du confluent riche en diversité et très en pointe en agriculture biologique. Quand je m’installe en 1995, je passe enfin à la pratique. » Patrick de Kochko récolte sa première culture de soja bio l’année suivante. Sa réussite est pourtant mise à mal par une mauvaise rencontre avec les OGM : des traces apparaissent dans une récolte que le paysan a notamment vendue à un client allemand spécialisé dans la fabrication de tofu bio. « Ma première prise de conscience », conclut-il. Qui sème récolte, non ?


Ève Scholtes

article en ligne  sur le site de L'Humanité
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Tel. 05 53 84 44 05 • Fax. 05 53 84 69 48 • courriel
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