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Hongrie : la société civile se mobilise en faveur de la biodiversité cultivée

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Hongrie : journée sur "La gestion des paysages, des variétés locales et conservation génétique"
Dans l’objectif de lancer un dialogue social sur la biodiversité cultivée en Hongrie, Csilla Kiss (Réseau Semences Paysannes, France et Protect the Future, Hongrie) ainsi que Györgyi Bela (Groupe de recherche environnemental et sociale de l’Université de sciences agricoles de Gödöllő, Hongrie et partenaire du projet européen FSO) ont initié l’organisation de trois tables rondes sur les variétés locales et les semences paysannes. À ce dialogue participent un grand nombre d’acteurs concernés par l’agrobiodiversité, notamment des paysans, associations d’agriculteurs, boulangers, organisations oeuvrant pour la biodiversité, banques de gènes, chercheurs et politiques. Ce processus est soutenu par le Département de la biodiversité du Ministère de l’environnement en Hongrie.

 

Par Csilla Kiss

La première table ronde, ayant eu lieu le 26 février dernier, a porté sur la transposition nationale de la Directive européenne sur les variétés de conservation (2008/62/EC). Guy Kastler du Réseau Semences Paysannes a participé en tant qu’expert sur le cadre réglementaire européenne lié aux semences paysannes.

En guise d’introduction, Guy Kastler a parlé des droits des paysans à conserver, ressemer, échanger et commercialiser leurs semences, des droits reconnus par le Traité international de la FAO sur les ressources phytogénétiques (TIRPAA). Il a mis l’accent sur les marges de manoeuvre disponibles dans la mise en application nationale de la directive européenne. La référence à « une région dans laquelle la variété est cultivée traditionnellement » peut, suivant le choix fait par les autorités, inclure ou exclure des variétés paysannes plus ou moins récentes. Cette référence peut aussi exclure les hybrides F1 et les biotechnologies et limiter l’inscription aux variétés la « culture traditionnelle des variétés de conservation ». Néanmoins, il a également souligné les contradictions du texte réglementaire, qui définit d'un côté les variétés locales comme des populations (donc de diversité intravariétale importante) et de l'autre côté introduit les critères d'Homogénéité et Stabilité, excluant une partie importante des variétés locales. Au-delà des possibilités de valorisation économique des variétés locales (le marché des semences libre d’OGM, l’agriculture biologique, les produits de terroir, les produits avec des qualités nutritionnelles particulières), il a insisté sur le patrimoine culturel que ces variétés représentent ainsi que leur rôle important dans l’adaptation au changement climatique et la sécurité alimentaire.
Les organisateurs (Protect the Future/Védegylet et Université des sciences agricoles) ont mis en avant la nécessité d’un cadre réglementaire encourageant les paysans à cultiver des variétés locales et de pratiquer leurs droits reconnus dans le TIRPAA. À cet effet, il est nécessaire que le dispositif réglementaire limite les exigences bureaucratiques et les coûts excessifs, tout en allégeant ou remplaçant les critères DHS par des descriptions plus adaptées aux semences paysannes. Faisant référence à l’article 5 de la directive, ils ont insisté sur l'importance de la mise en réseau des agriculteurs pour valoriser et échanger sur les expériences liées à la culture des variétés locales. La gestion du catalogue doit être transparente et impliquer les agriculteurs concernés.

Enfin, la transposition de la Directive européenne ne représente qu’une première étape dans les efforts voués à la conservation in situ des variétés locales. Des leviers supplémentaires, notamment des subventions dans le cadre des fonds de développement rural et le renforcement des filières de proximité doivent être mis en place pour encourager davantage les paysans à cultiver ces variétés.

Pour le syndicat MAGOSZ représentant les intérêts de l’agriculture familiale, les variétés locales et la protection de la biodiversité cultivée sont des raisons supplémentaires de s'opposer aux OGM. La préoccupation principales est de garantir l’accès des produits hongrois au marché européen, en se préservant des OGM. Ils s’interrogent aussi sur les possibilités de valoriser les semences paysannes.

L’association Biokultura, regroupant les agriculteurs biologiques, a exprimé un grand intérêt pour les variétés de conservation, d’autant plus qu’actuellement il n’y a pas de semences sélectionnés pour l’agriculture biologique en Hongrie. Certains de ses membres cultivent déjà des variétés locales non inscrites au catalogue officiel. Les représentants de l’association ont déclaré l’importance d’adopter la directive européenne sur les variétés de conservation de manière à ouvrir les possibilités pour les agriculteurs biologiques.

variété traditionnelle hongroiseLes boulangers présents ne travaillent pas en bio, mais ils défendent des méthodes traditionnelles de boulange et l’utilisation du levain. Ils ont déclaré ne pas avoir été consultés dans les 40 dernières années sur le type de blé qu’ils souhaiteraient pour leur farine, ni sur la farine qu’ils préfèrent pour leur pain. Les boulangers ne connaissent pas les variétés à partir desquelles la farine est produite. Ils souhaitent développer des liens entre les paysans et les boulangers. La formation des boulangers a grandement perdu de sa qualité en Hongrie et seulement une partie infime de boulangers font leur pain avec du levain. L’industrie céréalière en Hongrie est très centralisée, par conséquent il manque également de petits moulins disposés à moudre des petites quantités de variété locale de blé. Le secrétaire général de la Fédération des boulangers estime que le principal problème est l’absence de petites boulangeries et des réseaux de vente directe où les boulangers pourraient valoriser leurs produits auprès des consommateurs.

patisserie traditionnelle hongroiseLe Ministère de l’agriculture n'a toujours pas communiqué sur le décret de transposition nationale, malgré l’échéance de juin 2009. Concernant l'adoption de la directive, il n'existe pas de stratégie globale cohérente pour la promotion de la conservation in situ et la gestion dynamique de la variété de conservation. La coordination  doit être renforcée notamment entre le département responsable de la transposition de la directive et le département de développement rural qui gère les fonds du programme agro-environnemental du deuxième pilier de la PAC. Le discours général consiste à dire que l’introduction du catalogue pour les variétés de conservation permettra dorénavant la commercialisation de semences des variétés locales. La possibilité est ouverte est c’est aux agriculteurs et aux mainteneurs d’agir maintenant et d’inscrire leurs variétés. Par contre, même le Ministère est conscient qu’il y aura peu de demandes. spontanées Les agriculteurs ne sont pas au courant de la nouvelle possibilité et la majorité des variétés sont encore dans les banques de gènes. La question principale est plutôt de savoir comment ces variétés pourraient être restituées aux communautés locales. Il y a également la question de la demande pour les variétés locales et les produits issus de ces variétés. L’agence de contrôle de semences (MGSZH) lié au Ministère de l’agriculture se montre relativement flexible quant à la vérification des critères DHS.

Conclusion et suites

Malgré l’incertitude sur la transposition de la directive européenne, cette table ronde a été une importante étape dans le processus de lancement d’un dialogue social sur la biodiversité cultivée. Pour la première fois, des acteurs très divers mais tous concernés par l’agrobiodiversité, et en particulier par les variétés locales de céréales, ont partagé leurs expériences. La table ronde s’est poursuivie par une audience devant le groupe du comité parlementaire sur l’agriculture ayant pour mandat de suivre la législation européenne en agriculture. À cette occasion, nous avons réitéré les messages devant les députés membres de cette commission et les ministères concernés. La prochaine table ronde, prévue pour le 16 avril, adressera les droits des paysans et des communautés locales ainsi que les marchés des produits issus de la biodiversité cultivée. Notre invité sera Riccardo Bocci de la Rete Semi Rurali en Italie. Le 22 mai prochain aura lieu la journée ouverte sur la biodiversité au Parlement hongrois.

 

La Situation en Hongrie

Pour les grandes cultures, très peu de variétés locales sont cultivées par des paysans et la plupart ne sont disponibles que dans les collections des banques de gènes. L’Institut Agrobotanique de Tápiószele (détenant la principale collection de grandes cultures et potagères en Hongrie) a déjà fourni des échantillons à plusieurs paysans bio. La chambre d’agriculture du département Bács-kiskun (centre de la Hongrie) en coopération avec des paysans de la région et l’Institut Agrobotanique a également mené un programme sur les plantes résistantes à la sécheresse. Enfin, il existe un programme de sélection et de développement participatifs de produits boulangers en agriculture biologique à l'Institut de recherche agricole de l’Académie des Sciences Hongroise. Pour le maïs, le marché semencier hongrois est entièrement monopolisé par des entreprises étrangères, alors que pour le blé, la majorité des semences est produite par des semenciers hongrois.
La lutte contre les OGM constitue une motivation importante pour la défense de la biodiversité cultivée, même si un certain scepticisme règne quant au potentiel économique des variétés locales et des produits issus de ces variétés. Un des principaux défis lié à la valorisation des variétés locales sera de créer des liens entre agriculteurs, transformateurs (boulangers, producteurs de pâtes) et consommateurs. La vente aux consommateurs est en effet actuellement réalisée par des revendeurs et non par les boulangers.
Enfin, le Ministère de l’environnement est activement impliqué dans la lutte contre les OGM et pour la protection de la biodiversité cultivée. Grâce au travail commun pour le maintien du moratoire hongrois sur le maïs transgénique MON810, un certain rapprochement s’est opéré avec le Ministère de l’agriculture.

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