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“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
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Pour une gestion à la ferme de la biodiversité cultivée

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Conserver, sélectionner, cultiver, produire : de l'intérêt d'une approche participative pour valoriser la diversité génétique
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Livre : Voyage autour des blés paysans, par le Réseau Semences Paysannes

Dans ce dossier, nous vous présentons les résultats d'une étude qui a associé paysans et chercheurs, pour s'intéresser à la gestion à la ferme de la biodiversité cultivée. Des paysans ont accepté de rentrer dans le jeu de l'évaluation scientifique pour contribuer à la reconnaissance de leurs pratiques et de leur rôle en faveur de la gestion de la biodiversité cultivée. Un peu partout dans le monde, des chercheurs choisissent de travailler en lien étroit avec des praticiens. Ces démarches contribuent à une agriculture qui respecte l'environnement et les hommes et les femmes qui la pratiquent.

Par Hélène Zaharia

En 2006 et 2007, l'INRA (Unité Mixte de Recherche de Génétique Végétale du Moulon), le CNRS (centre Koyré d’Histoire des Sciences), l’ENS et le Réseau Semences Paysannes ont mené une étude pour envisager l'intérêt de la gestion à la ferme du point de vue de la conservation de la biodiversité cultivée. Ce programme de recherche a été financé en partie par le Bureau des Ressources Génétiques (BRG) qui a ainsi accepté d'interroger sa propre charte qui ne reconnaît pas aujourd'hui de rôle pour la gestion de la biodiversité à la ferme et base sa stratégie sur la conservation ex-situ (voir encadré).

Cette étude s'est intéressée à la variété population de blé « Rouge de Bordeaux ». Cette variété ancienne (1884), appréciée pour ses qualités en panification artisanale, est aujourd'hui cultivée dans plus d'une centaine de fermes biologiques en France. Cette variété possédait à l’origine une certaine hétérogénéité génétique, puisqu’elle est issue de sélection massale. C'est pourquoi on parle de variété population.

Deux analyses ont été menées en parallèle :

  • d'une part une étude sociologique, historique et ethnobotanique des acteurs de la conservation et de leurs pratiques
  • d'autre part une étude sur la diversité génétique à l'aide d'essais à la ferme, associés à des observations et des analyses moléculaires.

L'étude des acteurs a commencé dès 2005. A l'époque elle avait porté sur plus de 200 acteurs (agriculteurs et institutions) impliquées dans la circulation de semences paysannes de blé tendre en France avec plusieurs milliers d'échanges dont ceux de la variété Rouge de Bordeaux. La cartographie de ces échanges a montré 2 grandes origines de cette diffusion récente :

  • la collection Vilmorin-Verneuil, qui peut être considérée comme la collection historique de référence, qui a alimenté le Centre de Ressources Génétiques (CRB) de Clermont-Ferrand en 1984
  • La Communauté de l'Arche de Lanza del Vazo (Lot-et-Garonne).

    D’autres sources dont l’indépendance vis-à-vis des précédentes reste à vérifier, ont contribué à quelques échantillons cultivés.

Les différents mode de conservation de la biodiversité domestique : définitions

Pour des espèces annuelles comme les céréales la conservation ex situ est la conservation des graines sèches à basse température. Pour le blé, la collection de ressources gérée par l’INRA de Clermont-Ferrand ne compte pas moins de 10 000 accessions (avec environ 1/3 d’accessions françaises). On parle de conservation statique.

La gestion dynamique consiste à cultiver des populations génétiquement hétérogènes en champs et à les ressemer d’une année sur l’autre à partir d’échantillons de la récolte précédente, en laissant les populations évoluer. L’idée est que ce qui constitue l’environnement d’un champ cultivé (climat, pathogènes, plantes compagnes ou adventices, sol, pratiques culturales, attentes des hommes…) évolue de façon continue, et qu’une ressource déconnectée de son environnement, sera donc rapidement inadaptée à ce milieu.

La conservation in situ des espèces cultivées est définie dans le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture (TIRPAA) adopté par la FAO en 2001, comme la conservation de ces espèces dans l’environnement dans lequel elles ont développées leurs propriétés distinctives. La gestion dynamique, en station expérimentale ou à la ferme, peut donc être comprise comme de la conservation in situ au sens large.
 
Le projet a consisté à étudier 23 populations de Rouge de Bordeaux, présentes soit au CRB de Clermont-Ferrand (4 échantillons), soit chez les agriculteurs (19 échantillons). On a pris en compte tout ce que les agriculteurs appelaient « Rouge de Bordeaux », ainsi que les échantillons référencés comme tels dans le CRB de Clermont-Ferrand, sans avoir vérifié ni l’origine, ni la composition génétique de ces populations. Les Rouges de Bordeaux provenant du CRB étaient à la fois des blés collectés historiquement (dans les années 70) et un blé collecté récemment (retour d'un agriculteur). Les essais ont été menés dans 6 fermes ainsi qu'à la station d'expérimentation de l’INRA du Moulon. Chaque essai consistait à semer le même jour et dans les mêmes conditions 10 variétés de Rouge de Bordeaux de différentes origines, avec comme référence commune l'échantillon de référence du CRB de Clermont-Ferrand.
L'étude a porté sur :
  • les caractéristiques morphologiques (longueur de l'épi, nombre d'épillets, barbe, poids de grain),
  • les caractéristiques blé hiver/ printemps.

L’ensemble des échantillons a été étudié également par génotypage à l’aide de marqueurs de l’ADN: évaluation de la diversité à l’intérieur des variétés et des différences entre populations.

Deux populations issues du CRB, ainsi que la population nommée Rouge des Charmilles se distinguent des 20 autres notamment parce que ce sont des blés très hiver alors que la population Rouge de Bordeaux contient un certain pourcentage de plantes alternatives. L'étude ethnobotanique confirme qu'il s'agit vraisemblablement de blés de Saône pour les deux premiers. On peut considérer que les 20 autres populations étudiées appartiennent bien à la métapopulation Rouge de Bordeaux

L'étude de la diversité intra-population montre que :
  • elle est élevée dans les populations issues de la Communauté de l'Arche
  • elle est faible dans la population de référence de Clermont-Ferrand ainsi que dans certaines populations conservées à la ferme. Deux explications à cette faible diversité : d'une part la pratique de la sélection conservatrice (élimination des individus hors-types à chaque multiplication et éventuellement isolement), et d'autre part une population d'origine qui avait déjà été fortement homogénéisée (collection Verneuil).
L'étude de la distance génétique entre les 23 populations montre que la réintroduction du Rouge de Bordeaux s'est faite à partir de 2 sources principales, d'une part le CRB de Clermont-Ferrand à partir de la collection de Vilmorin-Verneuil et d'autre part, par la ferme de la Communauté de L'Arche de Lanza del Vasto, relayée par des agriculteurs du Lot-et-Garonne.

Les premières conclusions de l'étude

Cette étude nous apporte quelques enseignements pour la conservation et le renouvellement de la biodiversité cultivée :

  • Il est intéressant de favoriser des échanges réciproques entre la gestion paysanne et la conservation ex-situ, de manière à ce que les conservatoires représentent aussi la diversité actuelle
  • L'origine et le contexte de culture de la population sont des éléments importants pour la stratégie de conservation.
  • La diversité cultivée dans les champs est supérieure (englobante) à celle conservée dans la collection ex-situ de Clermont Ferrand. Elle pourrait mieux représenter la variabilité ancestrale de la variété, elle intègre le renouvellement et souvent l’augmentation contemporaine de la diversité intra-variétale, ce qui pourra être vérifié par des analyses complémentaires.
  • La gestion à la ferme de variétés populations permet le maintien et/ou le développement d’une diversité génétique intra-variétale parfois originale tout en maintenant des caractéristiques fondamentales de ces variétés qui permettent de les identifier et les regrouper par origine.
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