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Expériences de sélection participative au Brésil

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A lire : Variétés paysannes de maïs et tournesol pour une agriculture écologique et économique, par le Réseau Semences Paysannes

Livre : Voyage autour des blés paysans, par le Réseau Semences Paysannes

En septembre 2007, Adriano Canci, technicien et expert en sélection participative est venu en France à l'invitation de la Fondation Sciences Citoyennes et du Réseau Semences Paysannes. Après avoir participé au 2ème colloque mondial sur les savoirs vivants, il a réalisé à l'invitation de Bio d'Aquitaine et Agrobio Périgord une tournée dans plusieurs régions de France, sur le thème de la sélection participative.

Par Jean-Sébastien Gascuel
Paysan d'Auvergne

Adriano Canci est depuis sept ans l'animateur d'une association composée de 300 familles d'agriculteurs, située dans le sud du Brésil, dans l'Etat de Santa Carina. La surface des exploitations varie de 5 à 100 hectares avec une moyenne de 15 ha en polyculture élevage. Depuis plusieurs années, les paysans de cette région du Brésil ont eu tendance à privilégier les cultures de vente (blé, maïs, riz, soja, fruits) à partir de semences du commerce au détriment des cultures vivrières. "La transposition d'une agriculture de type européenne avec semence certifiée, engrais, produits chimiques n'est pas réaliste sur nos petites exploitations très peu mécanisées" nous explique Adriano Canci "et depuis plusieurs années, nous constatons un appauvrissement des familles avec de grandes répercutions sociales (problèmes de revenus, de nutrition, de scolarisation, de santé, d'alcool), ce type d'agriculture entraîne également de gros problèmes de pollution des sols et de l'eau".

Pour contrer ce processus, l'Etat de Santa Carina a mis en place un système d'aides financières aux familles sur les volets de l'habitat, de la santé et de l'agriculture. L'association d'Adriano Canci milite auprès des familles pour changer de mode de développement agricole, retrouver un auto approvisionnement alimentaire et mettre en commun un savoir faire agricole (sur les semences traditionnelles notamment). "Dans cette région fertile du Brésil, les paysans ont perdu l'habitude de sélectionner et garder leurs semences, ils se sont tournés vers les semences commerciales très chères et pas plus productives que nos variétés traditionnelles; elles ne sont pas non plus adaptées à notre cuisine et les familles achètent alors leur alimentation dans le commerce avec des répercussions négatives financières et sur la santé" commente Adriano "notre objectif est de retrouver les variétés anciennes (maïs, riz, haricots, melons, petit-pois,...), de les faire multiplier par les agriculteurs et de leur racheter leurs productions pour une diffusion à tout le groupe. Les aides de l'Etat nous servent alors à racheter aux prix de variétés hybrides du commerce, les paysans sont donc gagnants dans la mesure où ils peuvent garder leur semences. Pour le maïs, nous avons mis au point des techniques simples de sélection participative afin d'adapter les nouvelles variétés aux conditions locales. Grâce à cela, nous produisons des farines de maïs blanches, jaunes, oranges ou violettes adaptées à nos recettes de cuisine; nous préférons l'appropriation d'un savoir faire traditionnel par les agriculteurs plutôt qu'imposer des systèmes scientifiques plus compliqués".

État de Santa Carina
(95 400 km² et 5,8 millions d'habitants)

Cet état du sud du Brésil est bordé au sud par l'état du Rio Grande et au nord par celui du Parana. Très montagneux (sommets culminants à 1 800 m), c'est l'état le plus froid du Brésil mais aussi le plus prisé par les touristes pour ses 260 km de plages de rêves. Le climat tempéré et les pluies abondantes (1500 mm) permettent une grande diversité de cultures et d'élevage. La capitale Florianopolis se situe sur l'île du même nom.

Alors que plus des trois-quart des familles du groupe ne cultivaient ni pomme de terre, ni riz pour leur alimentation personnelle il y a 10 ans, les cultures sont en moyenne actuellement réparties à 75% pour l'alimentation de la famille et de l'élevage (poules, cochons) et 25% pour la vente. "De nombreuses actions de ce genre ont lieu au Brésil et les Etats du Paraguay et d'Uruguay nous sollicitent pour partager nos expériences" précise Adriano "et il me semble que vous aussi, agriculteurs français, devriez faire de même pour retrouver une certaine autonomie dans votre agriculture".

La loi brésilienne autorise la libre circulation et la vente des semences entre paysans mais un durcissement est semble t-il sensible avec la pression des firmes semencières, agro-industrielles multinationales et la diffusion des OGM.


 

Méthode de sélection participative du maïs

Synthèse de la méthode de sélection participative du maïs appliquée auprès des agriculteurs adhérents à l'association Microbacias de la Coopérativa de Técnicos Unitagri , municipalité de Guaraciaba

Objectif :

Permettre aux agriculteurs de retrouver une certaine autonomie dans la culture du maïs en délaissant les variétés commerciales (non adaptées aux conditions de culture et aux traditions culinaires) au profit de variétés locales dites "variétés créoles".

Afin de valoriser la diversité génétique de ces variétés locales, l'association diffuse une méthode de sélection facilement utilisable par tous les agriculteurs.


Méthode :

Le principe est d'obtenir, à partir d'un ensemble de variétés locales (populations) ou exogènes si insuffisance de variétés locales, auquel on peut rajouter quelques hybrides du commerce, un mélange suffisamment homogène et stable qui servira de base à la culture du maïs pour le groupe d'agriculteurs considérés. La première étape consiste à choisir ces variétés de base (10 à 20 en général) après avoir évalué sans sélection leur intérêt dans les conditions agronomiques locales, pour les méthodes de culture et les utilisations souhaitées. On peut aussi, s’il s’agit d’améliorer une variété locale, partir des différentes populations de cette variété encore conservées.


Année 1

Sélectionner 60 épis par "variétés".

Prélever 300 grains de chaque variété.

Semer 150 grains de chaque variété (densité de semis 25 000 à 50 000 grains par ha) en lignes côte à côte sans mélange. Laisser une ligne libre tous les 2 rangs. Les lignes de "variétés pures" constitueront les lignes femelles.

Mélanger les 150 grains restant de chaque variété et semer les rangs libres, ils constitueront les lignes mâles.

Avant floraison, castrer les rangs femelles.

Au moment de la récolte, sélectionner des épis sur chaque rang femelle. Pour cette sélection, chaque rang est divisé en tronçons de quatre mètres. Sur chaque tronçon, effectuer un choix des différents plants de maïs en fonction des critères de sélection définis et prélever un épis. Il faut au minimum avoir 600 épis au total de l'ensemble des variétés.

Année 2

A partir des épis sélectionnés de chaque ligne femelle de l'année 1, prélever au minimum 5 grains par épis et constituer deux sacs de semence par variété. Un total de 3000 grains pour l'ensemble des variétés est un minimum indispensable.

Semer chaque variété en ligne distinctes et laisser une ligne libre tous les 2 rangs. Ces lignes de "variétés pures" constitueront les lignes femelles de l'année 2.

Mélanger le reste des semences et semer les rangs libres, ils constitueront les lignes mâles de l'année 2.

Avant floraison, castrer les rangs femelles.

Au moment de la récolte, sélectionner des épis sur chaque rang femelle comme la première année.

Un isolement des 500 m de toute autre parcelle de maïs est conseillé pour les deux premières années.

Le mélange des variétés est "stable" au bout de l'année 4.

Quelques critères de sélection: Hauteur, stabilité (bon enracinement, grosseur de la tige), état sanitaire des plantes, grosseur de l'épi, hauteur d'accrochage de l'épi, bonne couverture de l'épi par les spathes, couleur des spathes (violet = plus résistant aux maladies), l'épi s'incline vers le bas à maturité


Les kits de semences

Ces kits contiennent des lots des semences des producteurs, réputées de bonne qualité. Ces semences sont à reproduire chez soi. Elles sont achetées aux producteurs avec les fonds attribués par l'Etat, au prix de la semence hybride du commerce, puis sont redistribuées une seule fois gratuitement. Ensuite les bénéficiaires doivent reconduire la semence ou en racheter. Ces « programmes micro-bassins » se réalisent avec une vision d'essaimage. Le public ciblé est composé de petits agriculteurs qui habituellement produisent des cultures destinées à la vente hors de la ferme, alors que parallèlement ils achètent leurs semences et leurs légumes sur le marché. Ce système de fonctionnement est beaucoup plus cher que de produire leurs légumes pour l’autoconsommation. Les kits représentent donc un moyen simple de renforcer l’économie et l’autonomie des petits paysans. La moyenne de production en culture sèche et en AB est de 65 quintaux / ha en maïs. Il y a également un gros travail sur le riz, aliment de base. Le Brésil exporte beaucoup de produits agricoles, alors que dans le pays la production vivrière est loin d'être abondante. C'est pourquoi il existe un réel souci de la plupart des états (régions) de maintenir la production vivrière.

 

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Tel. 05 53 84 44 05 • Fax. 05 53 84 69 48 • courriel
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