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Discours de Guy Kastler à la 2ème réunion du traite de la FAO sur la biodiversite végétale (Traité International sur les Ressources génétiques des Plantes pour l’Agriculture et l’Alimentation ou TIRPAA)

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21 nov 2007

 

Discours prononcé le 29 octobre 2007 en représentation de Via Campesina au Comité directeur du Traité International sur les Ressources Phythogénétiques réuni à la FAO, à Rome

Monsieur le Président, Mesdames, Messieurs,

c’est un grand honneur pour un petit paysan de s’adresser à votre assemblée. Je voudrai remercier le secrétariat du Traité d’avoir invité deux petits paysans à s’exprimer au cours de la cérémonie d’ouverture. C’est un signe important de la place accordée par le Traité aux paysans, et plus particulièrement aux plus petits d’entre eux, dans la conservation, le renouvellement et le développement de la biodiversité cultivée.

Via Campesina regroupe des organisations de petits paysans en Afrique, Asie, Amérique et Europe. Ce sont ces petits paysans qui conservent la biodiversité cultivée, bien plus que les grandes exploitations engagées dans l’agriculture commerciale industrielle et qui utilisent les semences de l’industrie semencière. Les petits paysans utilisent leurs propres semences et leur contribution à la conservation et au développement de la biodiversité est inséparable de leur droit à continuer à les utiliser.

Votre invitation est le signe que vous souhaitez que la participation des paysans, non seulement à la conservation de la biodiversité, mais aussi au Traité et à sa gestion, puisse être durable. Pour cela, c’est une très bonne initiative que nous puissions nous exprimer occasionnellement à Rome, mais il est tout aussi nécessaire de mettre en place un processus régulier permettant la consultation des paysans partout dans le monde là où ils sont, leur permettant de débattre et de décider entre eux les orientations que ceux qui seront amenés à parler en leur nom devront défendre. La Via Campesina, mais aussi les peuples autochtones, les éleveurs et l’ensemble des communautés agraires, souhaitent cette participation durable à vos travaux. Nous sommes particulièrement intéressés par l’initiative d’autres partenaires, notamment venant de la Zambie, demandant à ce que soit mis en place un comité de suivi des travaux du Traité.

Un des points à l’ordre du jour de vos travaux concerne les droits des paysans. Il s’agit d’abord du droit à ressemer et à utiliser les ressources génétiques, y compris et surtout en produisant pour vendre sur le marché. Car les paysans qui renouvellement la biodiversité ne sont pas des gens qui font des collections qui ne servent qu’à collectionner, ce sont des gens qui cultivent pour vendre sur le marché. Les droits des paysans, ce sont aussi les droits d’échanger les semences, car si les paysans n’échangent pas leurs semences, ils ne peuvent pas renouveler la biodiversité. Les semences utilisées par les paysans ne sont pas des objets manufacturés stables et homogènes. Elles ne sont pas meilleures en terme de rendement brut à l’hectare que celles qui sont proposées par l’industrie et qui ont été sélectionnées avec beaucoup d’engrais chimiques et de pesticides. Les paysans sélectionnent leurs semences pour qu’elles résistent à la sècheresse et puissent pousser sans engrais chimiques et sans pesticides, soit parce qu’ils n’ont pas les moyens de les acheter, soit parce qu’ils ont choisi des parcours agronomiques respectueux de la santé et de l’environnement comme l’agriculture biologique. Et ces semences sont pour eux plus productives en terme économique car elles permettent de produire avec moins de dépenses.

Le Traité qui reconnaît la contribution des paysans est un Traité très dynamique car, tout en reconnaissant cette contribution et les droits des paysans, il les soumet au respect des réglementations nationales. Et malheureusement, beaucoup de réglementations semencières nationales nient ces droits des paysans. Dans beaucoup de pays, la semence de ferme est considérée comme une contrefaçon, non seulement celle qui est issue d’une semence protégée par un brevet ou un certificat d’obtention végétale, mais la totalité des semences produites à la ferme. Ce type de réglementation nie totalement les droits des paysans. Dans un certain nombre de pays, le système d’inscription au catalogue des variétés interdit tout échange entre paysans de semences qui ne sont pas stables et homogènes et qui produisent moins que les variétés de l’industrie. En interdisant cet échange, ces systèmes légaux interdisent les semences paysannes et donc aussi la contribution des paysans à la conservation de la biodiversité. Nous sommes donc intéressés à participer à vos travaux dans un comité que vous mettriez en place si ces thèmes là des doits des paysans sont abordés.

Les droits des paysans ne s’arrêtent pas, même si cela est très important, à l’accès des paysans aux ressources génétiques. Lorsque les ressources génétiques ne sont inventoriées que par une liste de numéros, les paysans ne savent pas à quoi cela correspond. Même lorsque cet accès est libre, ce qui n’est pas le cas dans tous les pays, les paysans ne peuvent pas les utiliser. Nous avons besoin de connaître les critères de description des plantes par les paysans et non pas des numéros sur un catalogue. Il n’existe pas sur terre de variété agricole qui soit indépendante du système agraire, du système social, du système culturel qui lui permet de continuer à vivre. Il y a le système semencier industriel qui existe avec des producteurs de semences d’un côté et des utilisateurs de semences de l’autre côté. Mais l’essentiel de la biodiversité cultivée est aujourd’hui entretenu par des systèmes sociaux, par des systèmes culturels paysans qui comprennent aussi l’élevage. Séparer les ressources végétales des ressources de l’élevage est d’ailleurs un problème pour nous. Il y a aussi l’accès à la terre, l’accès à l’eau, la politique agricole qui va favoriser ou non ces systèmes paysans. Nous demandons donc que le thème des droits des paysans soit élargi à toutes ces questions.

Je voudrai aussi revenir sur l’importance de la conservation « in situ ». Nous ne conservons pas seulement des objets manufacturés qui n’évoluent pas, nous renouvelons constamment la biodiversité cultivée, nous l’augmentons parce que nous sélectionnons des plantes. L’oratrice précédente a parlé d’un fond qui a été mis en place, ce qui est une très bonne chose, pour financer la conservation « ex situ ». Mais aujourd’hui, on voudrait nous proposer, pour contribuer, entre autre, à la conservation « in situ », d’avoir recours uniquement à l’argent issu du partage des avantages. Nous sommes extrêmement sceptiques sur cette proposition. Si l’avantage vient uniquement du partage des royalties du brevet ou du certificat d’obtention végétale, il vient de ce qui interdit les semences paysannes en interdisant le droit du paysan de ressemer sa récolte. Nous souhaitons donc que soit créé un fond indépendant du partage des avantages pour contribuer au financement de la conservation « in situ » par les paysans dans les fermes et des travaux de sélection participative qui sont tout aussi indispensables à la conservation et au renouvellement de la biodiversité que la conservation « ex situ ».

Je vous remercie.

Guy Kastler, Représentant de Via Campasina lors de cette réunion de la FAO

Délégué général du Réseau Semences Paysannes

 

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