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Les « Crofters » écossais, une lutte paysanne exemplaire

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Nouvelle publication! Le livre de Laurence Dessimoulie vous régalera de rencontres et de recettes à base de semences paysannes.

Les dernières rencontres Libérons La Diversité se sont déroulées à Strathpeffer, près d'Inverness en Ecosse du 9 au 11 mars 2012. Ces rencontres ont été riches, notamment d'un point de vue culturel, vu la très forte empreinte de l'histoire sur ce territoire et ses habitants. L'Ecosse est en effet une terre marquée par les luttes, notamment les luttes paysannes menées par les Crofters, qui ont abouti à la reconnaissance de leur existence et la création d'un statut juridique du foncier adapté à leurs pratiques agricoles. Notre séjour écossais et la découverte de ses habitants et de leur histoire, nous ont rappelé que certaines luttes paysannes sont fructueuses afin de nous en inspirer.

par Anne-Charlotte Moÿ

 


 

Aujourd'hui, un « croft » est une petite surface agricole destinée à une agriculture de subsistance et ayant conservée un statut juridique particulier. Les Crofters sont ceux qui occupent et qui cultivent ces petites parcelles. A l'origine, les Crofters n'étaient pas propriétaires des parcelles occupées, ils payaient un loyer pour le terrain nu, pour la maison et les bâtiments agricoles éventuels. Aujourd'hui, il est possible de devenir «occupant/propriétaire» de crofters. Mais pour avoir le droit d’accéder et de cultiver ces terres, la lutte a été longue.

Pour une reconnaissance des droits des Crofters

Jusqu'au XVIIIe siècle, l'agriculture écossaise était surtout une agriculture de subsistance plus
particulièrement jardinière et pastorale, la terre étant plus adaptée aux petits jardins et aux pâturages qu'aux grandes cultures à part quelques exceptions comme les cultures d'orge, d'avoine, et plus récemment, de pommes de terre. Les terres appartenaient à de grands propriétaires terriens qui les louaient à des intermédiaires, qui eux mêmes les sous-louaient contre un loyer élevé à des petits paysans. Ces derniers n'avaient que peu de marge de
manoeuvre pour innover dans leurs pratiques, et leur survie n'était pas simple car ils n'avaient aucun droit sur ces terres.


Les besoins de main-d’oeuvre pour répondre à l'essor industriel du XVIIIe siècle et la volonté des propriétaires terriens de rentabiliser leurs terres en y installant d'immenses fermes à moutons, ont poussé les propriétaires à chasser sans compensation (politique des Clearances : le « nettoyage ») des dizaines de milliers de paysans exploitant les petites parcelles. Ces paysans ont été déplacés sur les côtes où ils ont pu cultiver quelques parcelles inoccupées
mais ne leur permettant pas de vivre pleinement de la terre.

Ils ont du trouver d'autres activités dans les filatures, sur les bateaux de pêche, ou encore dans les villes... mais ce qui caractérise les Crofters encore aujourd'hui, c'est qu'ils n'ont jamais perdu la fibre paysanne, ni renoncé à la terre qu'ils ont continué à cultiver même sur de minuscule parcelles. La politique des « Clearances » a donc donné naissance au mouvement des Crofters que l'on connait aujourd'hui et à une prise de conscience importante en Ecosse.


En 1872, une loi sur l'éducation a permis à de nombreuses personnes d'apprendre à lire et à écrire. Ce qui a aussi permis de formuler des revendications pour protéger les droits des Crofters, leurs accès à la terre et leurs pratiques. Les Crofters se sont mobilisés en formant des groupes et des associations, en écrivant dans les journaux, en faisant des grèves de paiement de leurs baux. Ils ont su rallier à leur cause des politiciens puis l'opinion publique urbaine qui ont porté leur parole dans d'autres sphères. Malgré les violences policières, les paysans ont
continué cette désobéissance en enfreignant les lois écrites par et pour les propriétaires terriens sans respect d'aucun équilibre social. Face à cela, le gouvernement a décidé de mettre en place une commission dans laquelle les Crofters ont bénéficié d'un droit de parole. Droit qu'ils n'ont utilisé que pour dénoncer la situation et le déséquilibre des droits. Le gouvernement les a entendus et a adopté une loi en 1886 pour la protection de leurs droits.

La loi des Crofters :
La loi vise donc à protéger les droits des Crofters et à leur apporter une plus grande sécurité, en leurs garantissant des loyers équitables, en leur permettant de réclamer une compensation à la fin du bail pour les améliorations apportées, et en les protégeant contre les décisions d'expulsions arbitraires des propriétaires terriens. Pour ce faire, elle met en place un système de double propriété des parcelles occupées par les Crofters. Ainsi, si le propriétaire terrien possède toujours la parcelle et reçoit un loyer, leurs pouvoirs d'expulsion sans préavis, de fixation du prix du bail et d'arbitrage des retards de paiement du loyer sont désormais très faibles. Ces pouvoirs sont remis entre les mains d'une commission du gouvernement : la
commission des Crofters. En cas de vente, les crofters sont prioritaires, individuellement ou
collectivement, et le prix peut être imposé par arbitrage du gouvernement. Certains droits qui
incombaient jusqu'alors à la propriété privée sont devenus des droits gérés collectivement en lien avec la puissance publique, alors même que la propriété privée semblait à cette époque,
inébranlable : reconnu en tant que droit fondamental de la Grande-Bretagne. Si la loi comporte aussi quelques faiblesses, notamment le fait qu'aucune disposition sur les paysans sans terre n'ait été prise, elle est encore vécue aujourd'hui comme une victoire. L'héritage de la loi n'est pas qu'un symbole, puisqu'il a permis de remettre en cause un système injuste d'abus des droits de propriété privée sur le foncier et de protéger des paysans en leur reconnaissant des
droits. Cette remise en cause n'a été possible que grâce à une lutte collective des paysans et des citoyens sensibilisés à la cause et à un relai médiatique. La loi de 1886 a été révisée à plusieurs reprises notamment en 2007 et 2010 dans le cadre du programme de réforme agraire du gouvernement écossais. La commission des crofters existe encore et gère les parcelles sous statut « crofts ». Elle siège à Inverness.


La communauté des Crofters aujourd'hui :


La Fédération des Crofters écossais (Scottish Crofters Federation), adhérente à la Via Campesina, est la seule organisation à promouvoir le crofting, et celle qui regroupe le plus grand nombre de « petits » paysans au Royaume-Uni. Leur principale mission est de préserver et de promouvoir les droits des paysans, l'habitat, les pratiques, la culture de la communauté des Crofters. Pour cela, la fédération travaille au développement et à la promotion du crofting, et de ses avantages sociaux, environnementaux et culturels liés aux pratiques des Crofters. Un des moyens de valorisation des pratiques des Crofters est la mise en place, l'année dernière, d'une marque collective sur les produits issus du Crofting écossais. Cette marque peut être attribuée à la viande (boeuf, agneaux, porcs...) ou bien aux légumes (pommes de terre), aux fruits, oeufs, produits laitiers, laine... issus des crofts écossais à condition que le producteur soit membre de la fédération écossaise des crofters et remplisse un certain nombre de conditions (respect des standards de qualité, d'hygiène, de santé et de bien-être animal, de traçabilité intégrale des produits). Ainsi les consommateurs savent ce qu'ils consomment mais, peuvent en plus soutenir le patrimoine et la culture des Crofters écossais, préserver les habitats et l'environnement local. Fondée et dirigée par des Crofters, l'association s'engage aussi auprès des institutions pour influencer les prises de décisions dans le domaine agricole, rural, environnemental en représentant les intérêts des Crofters.

Bien des points communs nous rapprochent de la lutte écossaise et des initiatives des Crofters : l'accès à la terre constitue avec l'accès à l'eau et aux semences les piliers des droits fondamentaux des paysans

L'appropriation du monde par les firmes n'est pas une fatalité! …

 

source : site crofter : http://www.crofting.org/ et intervention de Dr Annie Tindley, Université Caledonian de Glasgow le 9 mars 2012
 
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