semences semences semences
semences
semences Semences paysannes
“La préservation de la biodiversité
est un enjeu majeur de notre siècle”
Semences Paysannes a
Accueil > Bulletins de liaison > Bulletin de liaison n° 32 > Dossier
imprimer la page envoyer un lien vers la page ok

AIDE HUMANITAIRE D'URGENCE ET STRATÉGIES SEMENCIÈRES

Soutenez le Réseau !

Le Réseau Semences Paysannes est reconnu d'intérêt général.

Pour nous soutenir ou adhérer, cliquez ici

Téléchargement
Archives
Fille de paysan bio, Gaëlle Massé a étudié dans le cadre d’un master en actions humanitaires internationales, la question des semences dans les programmes de reconstruction en Afrique, plus précisément en République Démocratique du Congo (RDC). Elle montre ainsi que les programmes d'urgence qui prévoient des distributions de semences créent de nouveaux besoins, ouvrant ainsi de nouveaux marchés pour l'industrie semencière et phytopharmaceutique.

Qu'est-ce qui t'a conduit à réaliser cette étude au Congo?

 Après une maîtrise d'ethnologie et diverses expériences professionnelles, j'ai repris mes études en me demandant quels sont les moyens et des espaces pour la promotion, dans l'aide publique, de l'écologie et d'une agriculture autonome, économe et paysanne, valorisant l'échange et la solidarité. Lors d'un stage siège du Secours Catholique, j'ai participé au suivi opérationnel et financier de programmes de distributions de semences et ai effectué une mission auprès du partenaire en RDC, Caritas Développement Congo, présent sur tout le territoire dans tous les secteurs de l'action sociale

Quelle est la situation actuelle de la République Démocratique du Congo?

La RDC est un Etat-continent aux écosystèmes riches et variés. Les conflits, qui perdurent à l'est depuis 15 ans, ont déplacé des millions de personnes. L'Etat est totalement dépendant des importations et aides alimentaires et la production agricole s'est effondrée. Dans les plaines centrales, les récoltes pourrissent par manque d'infrastructures pour les écouler ou les transformer. D'autres zones sont surpeuplées et sur-exploitées. La problématique foncière est cause et moteur des conflits secouant le Kivu.

Lieu de toutes les prédations, le pays est soumis à la privatisation de ses ressources. Le gouvernement, qui reçoit des fonds colossaux de la «communauté internationale», est de facto sous tutelle des pourvoyeurs de liquidités, dans le cadre d’une opération de « state building » et de sculpture de l’économie libérale. A l'est, un dispositif d'ampleur, encadré et contrôlé par les bailleurs et l'OCHA, "gère" la réponse humanitaire au conflits. La « Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté», basée sur des partenariats public-privé et des processus dits "participatifs à base communautaire", oriente l’ensemble des actions. Les programmes d'urgence sont censés s'intégrer aux plans tracés par «les experts» pour lutter contre l’insécurité alimentaire. Ceux-ci font de la RDC un laboratoire de la politique de développement agricole orienté vers la croissance pour la diffusion de la «Nouvelle Agriculture».


Un programme national semencier vise à développer une «vraie industrie semencière pour disposer de semences suffisantes, voire en exporter le surplus»: libéralisation du commerce de semences, privatisation des fermes semencières, nouvelle législation. Un obscur Conseil National des semences, plants et obtentions végétales a été créé pour coordonner, planifier et orienter le développement de cette «industrie». Parmi les objectifs: augmenter la production et la dissémination des semences dites «améliorées». Au regard de l'énorme potentiel agricole et de la faiblesse du secteur public, s'ouvre pour les investisseurs en technologie agricole un immense marché en RDC.

Dans le contexte du Congo, en quoi consistent les programmes de distribution de semences actuellement en cours au Congo ?

Les distributions de semences, critiquées pour leurs effets pervers (business de la semence d’urgence, dépendance, bouleversement des systèmes socioéconomiques, perte de la diversité cultivée), restent un élément quasi systématique des interventions visant le «lien urgence-développement», et mobilisent d'énormes quantités de semences.

J’ai examiné trois types d’intervention:

  • Celles visant à relancer l’agriculture, surtout dans les zones de retour des déplacés. Ainsi, Caritas organise au Sud Kivu des distributions de vivres pour la période de soudure et, selon les termes de l'ONG, "pour pallier le déficit chronique de semences de qualité et réduire l'impact de la mosaïque sur le manioc", de semences de maïs, haricot, arachide et de boutures saines de manioc.
  • Celles visant à introduire de nouvelles pratiques comme le maraîchage, à la mode pour stimuler la création de revenu ou pour permettre aux paysans déplacés de produire un complément aux rations du PAM.
  • Celles présentées comme alternative «axée sur le marché» : l'organisation de foires aux semences / distribution de bons d'achats, visant à faciliter l'accès aux semences présentes sur les marchés locaux et à stimuler ces derniers. Or ce type d’action favorise le commerce plutôt que la production locale.

Un programme subventionné par un bailleur institutionnel doit répondre à une série de procédures : appels d'offre et emploi de semences certifiées par une autorité compétente en RDC. Les semences maraîchères utilisées par Caritas, achetées au Service National des Semences intervenant comme revendeur-certificateur, issues de variétés « occidentales », ont été importées via l'Ouganda. Les graines d'aubergines se sont révélées être ... des poivrons...

Le temps et le budget des distributions d’urgence sont l'occasion d’initier des «groupes de multiplicateurs ». Les semences distribuées par Caritas au Sud Kivu proviennent d’une «ferme communautaire» multipliant des semences et des boutures, gérée par la même ONG, et partenaire d’un programme régional de dissémination de semences « améliorées ». L'analyse des besoins de distribution n'est-elle pas biaisée par celui d'écouler les semences produites, d'autant que ce cadre subventionné permet de vendre à bon prix, de financer le transport et certains frais de fonctionnement? Les groupes constitués doivent à terme s'«intégrer» à la coopérative-mère. Vecteurs et moyens, ils sont la base sur laquelle s’appuie un système « intégré » de diffusion des semences depuis les centres de recherche. A terme, les multiplicateurs seront vendeurs des semences issues de programmes de recheche tel ceux de l'IITA, financé par Rockfeller, l'AGRA et le gouvernement Etasunien.

Les associations de paysans nées de l’approche communautaire seront ensuite condition de l’accès aux formations et au crédit. La stratégie « coordonnée » (contrôlée) «urgence-développement » est remarquable dans sa capacité de récupération et d’orientation des dynamiques sociales. Les ONG sont catalyseurs des fonds de l’AGRA. Les paysans sont participés dans des activités qui risquent d'être le lieu de l'acceptation plus ou moins consciente de la croyance en la nécessité des variétés issues de la sélection in vitro, de l’autre élément du «kit» : produits phytosanitaires et engrais, et du culte de la productivité.

Les programmes pluriannuels (constitution de coopératives, greniers de semences, crédits sur le nantissement des stocks pour l'achat d'intrants, organisation des filières) assurent le lien entre l’urgence et le développement d'un système semencier marchand et stimule la structuration d'un secteur et de ses acteurs: partenariats public-privé de recherche, semenciers internationaux, agriculteurs-entrepreneurs-multiplicateurs, coopératives «fournisseurs en agroalimentaire » d'agriculteurs consommateurs.

Quelles seraient les voies pour promouvoir une véritable souveraineté alimentaire ?

Outre la remise en cause des plans macro-économiques et des règles du commerce international, la promotion de la souveraineté alimentaire passe par et est une voie pour la résolution des conflits, qui ne saurait compter sans réforme du système foncier, abolition du système «Congo-concessions» et un travail de mémoire sur les articulations entre conflits et logiques d'accumulation et colonisation.

Alors que le concept s'institutionnalise, revendiquer la «souveraineté alimentaire» implique une prise de position éthique orientant les choix techniques agricoles et impliquant des choix économiques. En participant aux solutions mises en œuvre via les structures étatiques, ces programmes soutiennent le «système national semencier» et la souveraineté alimentaire... de l'État. Or celle-ci conduit à la dépendance des paysans envers un marché, en amont et en aval de la récolte, à la promotion du «nouveau » modèle fermier, à la perte des semences et savoirs faire locaux. Reste que les ONG, en se demandant : « quel prix et quel temps est-on prêt à consacrer à… ? » peuvent tenter d’intégrer aux appels d'offre des critères éthiques -gouvernance de la structure vendeuse, origine des semences (variété, lieu et mode de production)-, à détourner la logique du marché par une logique d’échange.

Il convient d'envisager une aide ayant pour objectif non pas la sécurité alimentaire ou semencière, mais l'autonomie alimentaire, semencière et la maîtrise de l’adaptation variétale par les paysans. La formation et l’accompagnement sont un des espaces, même dans l’urgence, de promotion de la souveraineté alimentaire des paysans. Le sens et le contenu donnés aux activités sont conditionnés par la façon dont est envisagée la semence et la place donnée aux savoirs faire et modes organisationnels traditionnels. Il conviendrait d'abandonner le terme-même et l'attitude d'«agronome-vulgarisateur», de former les agronomes en socio-histoire et de valoriser les savoirs paysans de sélection des semences. Tout ceci passe par le soutien aux réseaux paysans. Ceux qui prônent une souveraineté alimentaire et semencière écologique, autonome et locale doivent se pencher sur l’aide d’urgence, ses modes opératoires, ouvrir un dialogue avec les ONG internationales et associations locales de paysans, diffuser de l'information, des expériences et proposer une expertise pour des interventions alternatives.

informations légales Réseau Semences Paysannes 3, av. de la Gare 47190 AIGUILLON
Tel. 05 53 84 44 05 • Fax. 05 53 84 69 48 • courriel
remonter en haut de la page
semences paysannes
semences paysannes semences paysannes semences paysannes